Cézanne derrière son chevalet, on aime à l'imaginer caché sous une blouse maculée de couleurs ; autour de lui, son atelier est en désordre : des toiles retournées contre les murs, des tubes de peinture ouverts, quelques esquisses qui ne seront jamais terminées.

Quand Charlotte peint, rien de tout ça. C'est une jeune femme élégante, moderne, qui communique avec son public via facebook et « se nourrit au quotidien » de ses rencontres. Derrière sa galerie, son atelier est bien rangé du sol au plafond.

Début mars, Charlotte Carsin exposera quelques toiles au centre social de Maurepas et y animera trois ateliers pour celles et ceux qui auraient envie « d'apprendre à faire un visage de femme ».

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« L'art pour moi est quelque chose d'essentiel » déclare Charlotte Carsin, devenue artiste professionnelle depuis six ans après un bac arts plastiques et un détour par l'animation. Pour cette trentenaire, si peindre est une passion c'est aussi un métier et un « beau vecteur entre les êtres humains ».

Son travail, elle ne le conçoit pas seule dans son atelier face aux toiles blanches. Loin de l'image de l'artiste torturée, Charlotte se réjouit d'avoir un agenda bien programmé entre les heures de création en atelier et les cours qu'elle dispense dans les écoles ou les associations mais aussi les ateliers ponctuels comme ceux qu'elle anime cette semaine à Maurepas.

« Je n'ai pas envie d'être seule dans mon atelier,

je finirais par tourner en rond »

« Je n'ai pas envie d'être seule dans mon atelier – explique Charlotte – je finirais par tourner en rond ; j'ai besoin de voir des gens mais aussi d'avoir un cadre, des choses qui rythment ma semaine. J'aime beaucoup passer un temps infini sur mes toiles mais je ne pourrais pas faire que ça. »

Carsin2C'est avec enthousiasme que la jeune femme parle de son public, ces personnes qu'elle rencontre notamment via les réseaux sociaux et sans qui elle « n'existerait pas ». Avec qui aussi elle aime échanger sur sa peinture et sur le monde en général. Les ateliers où elle accueille des adolescentes sont notamment des lieux privilégiés pour le dialogue, « des moments où elles se livrent facilement, où elles sont déconnectées. »

De chaque rencontre, Charlotte repart avec « des idées nouvelles » qui viendront alimenter son travail de peintre et de sculptrice. Originaire de Saint-Brieuc, Charlotte se dit inspirée par "sa" Bretagne notamment les légendes de Brocéliande et la végétation marine. Autour des femmes (surtout des visages) qui sont au cœur de son œuvre, elle aime créer tout un foisonnement fait de fleurs, de feuilles et de motifs graphiques.

« L'art doit réveiller quelque chose (...)

je veux partager des émotions »

« Je fais partie de ce qu'on peut appeler la figuration sensitive - dit-elle - Pour moi, l'art doit réveiller quelque chose pour la personne qui voit la toile, être quelque chose qui touche. Je veux partager des émotions. » Dans ses créations, elle s'applique à « cacher des choses » convaincue que chacun-e y verra un univers différent parce que dit-elle, « nous n'avons pas tous le même regard ».

Si les femmes l'inspire depuis toujours, Charlotte reconnaît qu'elle ne s'est pas toujours intéressée à leurs combats. « Je me questionne en tant que femme sur la féminité – analyse-t-elle – mais avant je ne me sentais pas concernée par les droits des femmes ; avec la maturité, je me rends compte que c'est très important et en même temps, très fragile. »

Dans son art ce sont des femmes comme Niki de Saint-Phalle ou Sonia Delaunay qui lui servent de modèles et de nombreuses artistes contemporaines qu'elle suit sur les réseaux sociaux comme Jeanne Saint-Chéron en particulier. Dans cet « univers assez masculin », elles savent via le net se soutenir et s'encourager.

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Du 5 au 15 mars, exposition « Portraits de femmes par Charlotte Carsin » au centre social de Maurepas, 11 place du Gros Chêne

Atelier Galerie Phil et Cha, 23 rue d'Inkermann – ouverture les mardi, vendredi et samedi de 10h à 18h 30

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

L'action sociale derrière les murs

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Nous avions rencontré Charline Olivier en décembre 2016 pour la publication d'un premier livre. Elle signe aujourd'hui un deuxième ouvrage, récit de ses deux années d'expérience professionnelle au centre pénitencier de Rennes-Vezin.

Malgré un titre un peu austère - « Derrière les murs : surveiller, punir, réinsérer ? » c'est un ouvrage plein d'humanité dans lequel l'assistante sociale livre une nouvelle série de rencontres.

Des récits vivants, qu'elle retranscrit le week-end, une fois sa semaine de travail terminée, un œil sur ses enfants qui jouent à côté. « Dans mon cerveau, il y a comme un magnéto – dit-elle – il y a des entretiens où le bouton rouge s'allume et je sais que celui-là, je vais l'écrire... »

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