« Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté. »

Paul Eluard.

« J'écris ton nom : Liberté ! » C'est ce titre, emprunté aux vers de Paul Eluard, qu'avait choisi Raymonde Tillon-Nedelec comme intitulé de ses « Mémoires » parues en 2002.

C'est en le rappelant que Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense, président de la région Bretagne, a commencé l'éloge funèbre de la grande résistante que fut Raymonde Tillon lors de l'hommage national qui lui fut rendu le 25 juillet 2016 à Rennes, devant le Parlement de Bretagne.

Tillon5

Née à Puteaux le 22 octobre 1915 Raymonde Barbé, est la fille d'un employé de la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne.

A cinq ans elle perd ses parents. Placée dans un orphelinat religieux, elle s'enfuit avant sa majorité pour rejoindre son frère à Arles. Celui-ci est membre du Parti Communiste Français. Raymonde y adhère.

Là elle met en place une section de l'Union des Jeunes Filles de France (1). Elle est aussi membre de la fédération sportive et gymnique du travail (2).

De la prison de Rennes au camp de Ravensbrück

Femme d'action, elle apprend à piloter des avions légers et à assurer leur entretien mécanique. En 1935, elle se marie, à Arles, avec Charles Nedelec, un menuisier breton natif d'Hennebont, militant communiste syndiqué à la CGTU (3). Ils s'installent à Marseille où le couple milite pour le Front Populaire et défend la cause des Républicains espagnols.

Durant l'occupation ils s'engagent dans la résistance. Mais le 31 mars 1941 Raymonde est arrêtée. Le 7 octobre, elle est traduite devant une Section Spéciale (4) siégeant à Toulon. Condamnée à 20 ans de travaux forcés, elle connaît, après Marseille, Toulon et Lyon, les geôles de Rennes où, en juin 1944, elle est livrée aux nazis.

Tillon1Déportée d'abord à Sarrebruck, elle est ensuite internée à Ravensbrück sous le numéro matricule 42203. Communiste convaincue elle garde dans sa poche son insigne de jeune communiste durant toute sa détention. Elle sait que pour cela elle risque la pendaison. Mais elle n'en a cure.
Elle fait montre d'un comportement exemplaire en n'hésitant pas, par exemple, à se priver d'une part de ses maigres rations pour les donner à ses jeunes codétenues. Elle veille aussi à leur soutien physique et moral en les entraînant à faire de la gymnastique.

Raymonde est affectée à une usine de guerre à Leipzig. Bravant le danger - elle risque la mort si elle se fait prendre - elle organise au sein de l'usine le sabotage de la fabrication des douilles d'obus.

En avril 1945, malgré son état physique - elle ne pèse plus que trente-cinq kilos - elle réussit à s'évader lors d'une marche de la mort (5).

Elle arrive à Marseille où elle apprend que Charles est mort d'épuisement au printemps 1944.

Une des premières à siéger au Parlement

La paix revenue Raymonde devient employée à l'Union Départementale de la CGT des Bouches du Rhône. Elle est nommée responsable de la Commission Féminine et en septembre 1945 elle est élue Conseillère Générale du sixième canton de Marseille, puis Députée. Elle le restera jusqu'en 1951. Elle fait partie des 33 premières femmes élues à l'Assemblée Constituante au moment où les femmes venaient d'obtenir le droit de vote.

Elle dira : «On était émues. Les femmes étaient reconnues comme des citoyennes, en tenant compte de leur travail dans la Résistance... Nous étions de partis différents. Mais toutes nous nous disions: enfin! » (6).

Cette année-là elle épouse Charles Tillon, grand résistant, membre du PCF, plusieurs fois ministre entre septembre 44 et mai 47.

En 1952 Charles Tillon est exclu de la Direction du Parti Communiste au prétexte, sans doute fallacieux, de « fractionnisme ». Raymonde, qui soutient son mari, est évincée des listes communistes d'élus.

livretillonLe couple se retire à Montjustin dans les Alpes de Haute Provence. Charles écrit plusieurs ouvrages (7). Raymonde consacre une partie de son temps à dactylographier les manuscrits de son mari.

En 1970 le couple est exclu du Parti Communiste pour sa prise de position contre l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Charles Tillon meurt en 1993.

Retirée en Bretagne, dans la maison familiale de la Bouexière ou à Nantes près de ses enfants et petits-enfants, Raymonde Tillon put fêter ses cent ans en octobre 2015. Elle s'est éteinte à Paris le 17 juillet dernier, loin de la terre natale de ses deux maris au sujet de laquelle Charles Tillon écrivait, il y a quarante ans : « En Bretagne, la terre, la mer et la chanson du vent parlent toujours de liberté. »

Raymonde Nedelec-Tillon était décorée de la Médaille Militaire, de la Croix de Guerre 39/45. Elle était Chevalier de la Légion d'Honneur.

Philippe KLEIN

Notes :

1 - L'UJFF est l'organe féminin de la Fédération des Jeunes Communistes de France. Créé en 1936 il a été dissout en 1974.

2 - C'est une fédération omnisports créée en 1934 par fusion de la Fédération sportive du travail proche de la Section française de l'internationale communiste.

3 - Confédération Générale du Travail Unitaire ayant existé entre 1921 et 1936

4 - La section spéciale est un tribunal d'exception mis en place par une loi parue au journal officiel le 23 août 1941, dont l'activité viole plusieurs règles de droit : absence d'énonciation des motifs, aucun recours ni pourvoi, rétroactivité : la loi réprime même les activités antérieures à sa promulgation ce qui est le cas, entre autres, pour Raymonde Tillon.

5 - On appelle marches de la mort des convois de prisonniers où les gardiens font avancer les prisonniers au mépris de la vie de ces derniers, voire en vue de leur extermination. Les marches de la mort les plus célèbres eurent lieu pendant le Génocide arménien et la Seconde Guerre mondiale.

6 - Témoignage à l' AFP en 2005

7 -  Dont : Les FTP - Julliard, Paris, 1962 ; La révolte vient de loin- Paris, 1969 ; Un « procès de Moscou » à Paris- Seuil, Paris, 1971 ; On chantait rouge - Robert Laffont, Paris, 1977 ; Le laboureur et la République - Fayard, Paris, 1983 ; Les FTP soldats sans uniforme - Ouest France, 1991.

Sources : les sites Wikipédia et Révolution, jeunesse du monde ; L'Humanité ; Les éloges funèbres prononcés le 25 juillet 2016 par Charles-Louis Foulon et Jean-Yves Le Drian.

Quel temps fait-il ce matin de 1913 au pied du Ménez Horm ? Froid, sans doute, puisque c'est le temps des labours.

Jean Labat, 17 ans, passe la charrue sur une parcelle de lande jamais encore défrichée qui se situe à un peu plus de trois kilomètres du sommet de la montagne et qu'on appelle « Gorred-ar-C'horad ».

Absorbé par sa laborieuse activité, sans doute ne prend-t-il pas le temps de contempler, de son promontoire, la rade de Brest et la baie de Douarnenez qui se découvrent entre brume et pâle soleil sur ce pays de Cornouaille.

brigit2Il a dû partir de bonne heure de sa ferme de Dinéault, son village natal. Peut-être faisait-il encore nuit. Mais à cette époque de l'année il sait qu'il ne peut rencontrer le « Dahu ». Et il est probable qu'il le regrette.

En effet la légende, celle qu'on raconte aux enfants le soir, près de la cheminée, prétend que celui qui arrivera à attraper cette créature semblable à un renard deviendra riche, très riche, immensément riche... Mais cet animal fabuleux ne sort, dit-on, que dans la nuit du 15 août quand il fait le tour du Ménez Horm. Donc aucune chance que Jean puisse le rencontrer en ce matin hivernal.

La charrue que tient fermement le jeune homme est-elle attelée à un bœuf, à un cheval ou bien la meut-il à la seule force de ses bras ? L'histoire ne le dit pas.

Toujours est-il que la tâche est rude. Le sol de la lande n'a pas grand-chose à voir avec la terre grasse et meuble de certaines régions bretonnes plus propices aux travaux des champs. Notre jeune agriculteur peine. Régulièrement le soc de son outil heurte une grosse pierre qu'il retire et jette un peu plus loin avant de reprendre sa progression.

Mais, là, le bruit que vient de faire la lame d'acier en heurtant un nouvel obstacle est différent. Un bruit métallique. Jean, petit à petit, dégage de la terre un étrange objet. Après l'avoir exhumé il découvre une tête en bronze d'environ vingt-trois centimètres.

Après 1800 ans, Brigit (1), apparaît à nouveau au jour breton.

De la cour de la ferme au cabinet médical

Bien entendu le jeune agriculteur n'a aucune idée de l'identité de sa découverte à laquelle il manque un morceau du nez, mutilation due au soc de la charrue. Il la rapporte à la ferme. Durant un temps les enfants vont jouer avec dans la cour. Enfin on se décide à la mettre sous clé mais sans se poser plus de question.

1914. Le monde s'embrase et Jean Labat part au front.

Quatre ans plus tard le jeune homme rentre chez lui, sa légion d'honneur épinglée sur la poitrine, les horreurs vécues fichées dans la mémoire et dans le cœur.

En 1928, il décide de continuer à fouiller la lande, à l'endroit où il a découvert la tête en bronze. Et il trouve... Une robe, aujourd'hui disparue, le casque de type celtique que surmonte un long cimier l'ensemble figurant un oiseau prenant son envol, les bras et les pieds. Le tout mesure à peu près 70 cm.

brigit1Sept ans plus tard l'épouse de Jean tombe malade. Le cas parait sérieux aussi se décide-t-on à faire appel au médecin établi à Plomodiern.

Les paysans de la région ne sont pas très riches et il n'est pas exceptionnel que les praticiens se fassent payer en nature. Ici quelques œufs, là un poulet ou un lapin, ailleurs quelques légumes de saison. Cette fois-ci le docteur accepte de recevoir pour sa consultation les éléments de la statuette qui trouvera sa place dans son cabinet de consultation.

Quand on sait que Brigit est, pour ses adorateurs, entre autres la patronne des médecins, déesse des guérisons, rien d'étonnant de la voir dans un cabinet médical. Bien qu'il soit probable que le bon docteur ait ignoré, au moment de son acquisition, sa véritable identité.

Icône d'une Bretagne en quête d'identité

Les années passent. En 1940 la Bretagne, comme une bonne partie du pays, avant que ce soit l'ensemble du territoire métropolitain, est occupée par l'Allemagne nazie. Le docteur de Plomodiern cache la sculpture. Les années passent encore et le médecin meurt.

En 1971, René Sanquer (2), éminent archéologue breton, maître de conférence au Collège Littéraire Brestois Universitaire, entend parler de Brigit.

Il se met à sa recherche et découvre que la statuette est en possession de la fille du médecin qui s'apprête à la vendre à un prêtre allemand afin de financer un orphelinat au Chili.

Pour bon nombre de Bretons attachés à leur identité, à leur histoire, à leur culture, il ne peut être question de voir la déesse quitter la Région.

Des comités de soutien se forment. Brigit devient un symbole. Une icône. Finalement elle restera sur cette terre dans laquelle elle a dormi près de dix-neuf siècles. Elle siège désormais en bonne place au sein du Musée de Bretagne.

Epilogue : le 26 janvier 2007, Monsieur Edmond Hervé, Maire de Rennes, reçoit au Musée de Bretagne une délégation de l'association « Déesse Brigitte ». Jean-Yves Labat, petit-fils du découvreur est présent. Le Maire lui promet alors de venir en personne à Dinéault lui remettre en main propre une copie de la sculpture originale. C'est chose faite en février 2008. Le Maire de Rennes remet à son homologue dinéaultais, Michel Cadiou, une reproduction fidèle de la statuette.

Philippe KLEIN

Notes :

1 -Cette déesse gallo-romaine est l'une des rares qui ait survécu à l'attaque du christianisme. Déesse de la sagesse, du feu et de la prospérité, elle tenait une place tellement importante dans le cœur des Irlandais et plus généralement du peuple celte que l'église catholique fut bien obligée d'en faire une sainte chrétienne : Sainte Brigitte presque aussi chère aux compatriotes de Colin Farrell que Saint Patrick. On retrouve le nom de l'idole sous des formes variables en fonction de la localisation géographique : Brighid, Brid, Bride, Bridey, Briggigda, Brigantia, Brigindo... Toujours est-il qu'il s'agit là de la déesse la plus puissante et la plus connue de la mythologie celtique.

2 - René Sanquer (1930-2009) succède en 1973 à Jean Bousquet au poste de Directeur des Antiquités Historiques. Fonction quasi-bénévole qu'il occupera durant dix années. Auteur de nombreuses chroniques archéologiques bretonnes tant à l'échelle du Finistère que de la Région, il est à l'origine de la publication à partir de 1974, et ce jusqu'en 1985, d' « Archéologie de Bretagne » bulletin d'une quarantaine de fascicules, source importante d'informations sur les découvertes faites en Bretagne.

Sources :
http://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/decryptage-de-brigitte-au-musee-de-bretagne-750430


https://fr.wikipedia.org/wiki/Brigit


http://www.qualitativelife.com/celtitude/2014/03/23/la-brigitte-du-menez-hom-2/


http://www.le-sidh.org/wicca/autremonde-2/divinites/brigit-la-deesse-qui-ne-mourra-jamais/


http://mythologica.fr/celte/brigit.htm

Le Télégramme de Brest
rao.revues.org › Numéros › 26 : In memoriam René Sanquer, «Revue archéologique de l'Ouest »
Visite commentée du Musée de Bretagne (extraits) 22 mars 2016

« Un enfant si je veux, quand je veux ! » Cette affirmation peut paraître une évidence à n'importe quelle femme vivant aujourd'hui dans notre pays. Même, si depuis plusieurs années, un certain nombre de personnes, y compris pas mal de femmes, tentent de lutter contre cette affirmation au nom, pour certaines et certains, d'une pseudo morale religieuse se référant à un Dieu, quel que soit le nom qu'on lui donne, fantasmé, liberticide, machiste et misogyne.

Les récentes élucubrations rétrogrades et sectaires de Madame Marion Maréchal-Le Pen concernant le planning familial en sont, s'il en fallait, un exemple parlant.

« Un enfant si je veux, quand je veux ! » : cette phrase répétée à l'envi, comme un slogan, durant les années 70, fut inventée par Simone Iff disparue il y a un an, le 29 décembre 2014, à l'âge de 90 ans et dont le nom reste attaché à la défense du droit des femmes, notamment sur les questions de sexualité.

Une jeunesse déjà militante

simoneiff1Simone Iff voit le jour le 4 septembre 1924 à Vabre (1) près de Castres dans le Tarn. Elle est la fille de Marthe Capelle, une ancienne élève de l'Ecole Normale Supérieure de Sèvres, et d'un pasteur protestant : Frantz Balfet.

Quatrième d'une « fratrie » de cinq filles, Simone profite d'une éducation ni rigide ni sévère. Elle passe, au gré des différents postes que son père est appelé à occuper dans le Sud-Ouest, par toutes les activités que se doit de pratiquer une fille de pasteur protestant : école du dimanche ; sensibilisation aux missions ; éclaireuse ; participation à la Fédé, mouvement protestant de jeunesse...

C'est, entre autres, l'engagement de ses parents, notamment auprès des jeunes délinquants mais aussi dans l'aide morale et matérielle aux internés du camp de Gurs dans les Pyrénées - qui servit d'abord à enfermer des républicains espagnols et volontaires des brigades internationales réfugiés en France, puis des populations jugées indésirables par le gouvernement de Vichy (2) - qui influence le militantisme de Simone.

En 1936 la famille habite Sète où le Révérend Balfet est en poste. Un jeune homme aperçoit Simone sur une balançoire, elle a 12 ans. Il déclare à ses copains : « Elle sera ma femme ! ».

Il se nomme Werner Iff. Il est Suisse et protestant. Sept ans plus tard, Simone et Werner font une entorse à la chronologie morale de l'époque. La jeune fille est enceinte. Afin d'éviter le scandale la famille déménage en région parisienne.

En avril 1943 les tourtereaux « régularisent » leur situation et se marient. Simone entre dans la résistance. Werner rejoint le maquis et devient commandant d'une compagnie de FTPF (3).


Un engagement vécu en couple

Le couple aura cinq enfants. Mais Simone, pour des grossesses non désirées, aura recours à l'avortement.

En 1951, Werner prend la direction du foyer protestant Etienne Matter-Elie Robin dans le 18ème arrondissement de Paris. Simone travaille à ses côtés. Mais sa rémunération est incluse dans celle de son mari !

D'abord destiné à recevoir des détenus en liberté conditionnelle, jusqu'en  1955, le foyer dont s'occupe le couple devient ensuite un lieu d'accueil pour adolescents en régime de semi-liberté.
C'est à cette époque que Simone entre au MJF (Mouvement Jeunes Femmes). Créé en 1946 par la bourgeoisie protestante, il a pour but de permettre à des femmes protestantes mariées de mettre en œuvre leurs convictions chrétiennes, de se sentir solidaires sur leurs problèmes spécifiques en particulier sur le contrôle des naissances.

Ce dernier sujet émerge nettement au sein du mouvement alors que la sexualité féminine reste taboue dans la société.

En 1963, le foyer animé par le couple Iff ferme faute de correspondre aux nouvelles normes légales. Werner reprend ses études universitaires de psychologie. Au sein du MJF Simone se forme. Elle y développe une complicité entre femmes, apprend à s'exprimer avec aisance dans des groupes de parole. Elle constate alors la différence entre catholiques et protestants sur la manière de considérer le sens de la sexualité. Pour les premiers la sexualité n'a pour fin que la procréation alors que pour les protestants c'est l'expression de l'amour dans un couple.


Au Planning Familial dès ses origines

simoneiff2Devant la demande de plus en plus pressante d'information sur le contrôle des naissances, malgré une loi votée en 1920 qui l'interdit toujours, le MJF devient un mouvement de promotion et de défense du droit des femmes.

En 1956, est créée l'association La Maternité Heureuse qui, en 1960, devient le MFPF (Mouvement français pour le planning familial).

En 1961, ouvrent à Grenoble et à Paris les premiers centres du planning familial. Simone en est un des piliers (4) « Il y avait une demande énorme (...) Il fallait passer de la clandestinité à une structure qui avait pignon sur rue... » se souvient-t-elle.

Au thème du contrôle des naissances elle tient à associer également celui de l'acte sexuel comme une source de plaisir et d'épanouissement. La loi « Neuwirth » de 1967 abroge celle de 1920 et autorise l'usage des contraceptifs, notamment la contraception orale, bien que celle-ci ne soit pas remboursée par la Sécurité Sociale (5). L'avortement demeure illégal et les femmes qui doivent y avoir recours se rendent à l'étranger.

Pour sa part Simone Iff a été contrainte d'aller en Suisse pour subir une interruption de grossesse. Et elle n'hésite pas à y envoyer d'autres femmes. Mais cette solution coûte cher et toutes n'ont pas les moyens. Elles se tournent alors vers l'avortement clandestin qui de la façon dont il est pratiqué (entre autres par l'utilisation des tristement célèbres « aiguilles à tricoter ») met gravement en danger leur santé, voire leur vie.


Dans l'ombre du Manifeste des 343

Le 5 avril 1971 parait dans le numéro 334 du « Nouvel Observateur » une pétition signée par 343 femmes (6). C'est, selon le titre à la une du magazine : « La liste des 343 françaises qui ont le courage de signer le manifeste : '' Je me suis fait avorter '' »

manifeste1C'est Simone de Beauvoir qui rédige le manifeste qui commence par ces lignes : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre. »

Parmi les 343 signataires figurent des comédiennes comme Catherine Deneuve, Françoise Fabian, Jeanne Moreau... des réalisatrices et des metteures en scène telles que Marceline Loridan, Ariane Mnouchkine, Nadine Trintignant... des auteures, des romancières : Marguerite Duras, Françoise d'Eaubonne, Dominique Desanti... des femmes politiques, des avocates, des artistes peintres entre autres : Gisèle Halimi, Yvette Roudy, Hélène de Beauvoir... et 331 autres !

Simone Iff, alors vice-présidente du Planning Familial, initiatrice du projet, se mobilise fortement, à titre personnel, pour obtenir un maximum de signatures de célébrités. Etrangement, son nom ne figure pas parmi les 343. Ce que la militante expliquera par un laconique : « C'est un oubli... »

Le 17 janvier 1975 la « Loi Veil » est promulguée. Mais le texte n'envisage la question de l'interruption volontaire de grossesse que sur un plan strictement sanitaire. Simone Iff n'est pas d'accord. Pour elle, l'IVG est d'abord et avant tout un droit des femmes. Toutefois elle soutient la ministre.

Après la victoire en 1981 de François Mitterrand, Simone entre comme conseillère technique au sein du cabinet d'Yvette Roudy, Ministre aux Droits des Femmes. Elle obtient le remboursement de l'avortement (7).

En 1984 Simone Iff devient membre du Conseil Economique et Social ; à partir de 1986 elle participe à l'animation du collectif féministe contre le viol.

Lorsqu'elle disparaît en décembre 2014 les hommages qui lui sont rendus sont unanimes. Marisol Touraine, ministre des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des Femmes, salue « une femme d'action, pionnière des droits des femmes (...) une combattante inlassable du droit à l'avortement et de la liberté des femmes ».

En Bretagne, Simone Iff n'a pas encore de rue qui porte son nom, mais c'est la promotion 2015/2016 des élèves directrices et directeurs d'hôpital qui a choisi de l'honorer.


Philippe KLEIN

Notes

1 -Depuis fin octobre de cette année, ce petit village du Sud-Ouest a rejoint officiellement le réseau « Villes et Villages des Justes de France » en raison du comportement durant la deuxième guerre mondiale de ses habitants qui cachèrent et protégèrent de nombreux juifs sans qu'aucun n'est jamais été dénoncé. (ref : France 3 Midi-Pyrénées octobre 2015.)

2 - Aujourd'hui on construit des camps pour recevoir les populations migrantes originaires de Syrie et d'ailleurs. Demain à qui seront destinés ces camps ? L'histoire ne se répète jamais, parait-il, mais elle bégaye sacrément ! (note de l'auteur)

3 - « Francs-Tireurs et Partisans Français » : mouvement de résistance intérieure française créé fin 1941 par la direction du PCF

4 - Elle en sera la Présidente de 1973 à 1980

5 - Il faudra attendre la loi du 4 décembre 1974 pour que la contraception soit véritablement libéralisée et remboursée par la Sécurité Sociale

6 - Ce « Manifeste des 343 » deviendra à la suite de la Une du Charlie Hebdo du 12 avril « Le Manifeste des 343 salopes ». Destiné au départ à ridiculiser Michel Debré, l'article du journal satirique fut, à juste titre contesté et condamné par bon nombre de défenseurs du féminisme

7 - Loi dite « Loi Roudy pour l'IVG » du 31 décembre 1982.

Sources :

Intervention de Marianne Iff lors de la soirée de baptême de la promotion « Simone Iff » de l'EHESP du 23 novembre 2015.
Articles de Gaëlle Dupont « Le Monde », d'Evelyne Diebolt pour l'édition du Maitron, de Laure Salomon « Réforme Protestante »
Wikipédia

Dépêche AFP du 31 décembre 2014

 

« Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort » Cette phrase de Nietzsche peut-elle trouver un écho chez Marie-José Chombart de Lauwe ?


chombard2C'est la question posée par une journaliste, pour une interview dans « La Croix » en mai 2015, à cette vieille dame de quatre-vingt-douze ans dont on a du mal à imaginer qu'elle entra en résistance contre l'occupant nazi à 17 ans, qu'en mai 1942 elle fêta ses dix- neuf ans dans les geôles pétainistes, qu'elle fut déportée à Ravensbrück un an plus tard, inscrite sur les sinistres listes « Nacht und Nebel (NN) » (1)

A la question posée elle répondra simplement, après un temps de silence écrit son intervieweuse : « Le fait d'avoir survécu à Ravensbrück m'a maintenue dans une grande fidélité à la défense des Droits de l'Homme ».

Une enfance entre Paris et la Bretagne

Marie-José Chombart de Lauwe, Yvonne Wilborts de son nom de naissance, voit le jour à Paris, dans le 16ème arrondissement, le 31 mai 1923. Elle est la fille d'Adrien Wilborts, médecin–pédiatre et de Suzanne Wilborts, sage-femme.

Dans la famille Wilborts on cultive l'engagement humaniste et l'amour de la France avec passion. Le grand-père, journaliste, est l'auteur à son retour de Pologne, d'un livre à la gloire des insurgées polonaises contre l'occupation tzarine. Durant la première guerre mondiale, bien que déclaré inapte au service à la suite d'une pleurésie en 1916, Adrien, le père, retourne sur le front dès 1917 afin de soigner les blessés et en particulier les victimes du redoutable gaz moutarde. Ce qui lui vaudra d'être à son tour déclaré intoxiqué par l'ypérite en 1918. Pour sa part Suzanne, la mère, s'engagera aussi sur le front pour exercer son métier.

Après la naissance d'Yvonne, le mauvais état de santé d'Adrien le contraint à renoncer à sa carrière de pédiatre parisien. Toute la famille va s'installer sur l'île de Bréhat où vit la grand-mère de la petite fille.

Ils emménagent dans la maison de vacances qu'ils possèdent à Ker Avel. Là, le couple continue à se dévouer bénévolement au service des bébés et de leurs mamans.

En 1940 la France est occupée par les allemands et bien entendu l'île de Bréhat n'échappe pas à cette calamité. Pour les Wilborts la question ne se pose pas : ils résisteront.


Une éducation qui conduit à la résistance


Avec quelques amis sûrs Suzanne crée un petit groupe de patriotes dont la principale vocation est de favoriser « l'évasion » de bretons désireux de rejoindre l'Angleterre. Le groupe se baptise « La Bande à Sidonie » du nom de résistance que Suzanne s'est choisie. Adrien se joint à eux ainsi qu'Yvonne qui prendra son second prénom comme pseudonyme : Marie-José. Prénom qu'elle gardera définitivement.

rsistanteElle a 17 ans et elle est consciente de risquer sa vie, mais bon sang ne saurait mentir : «Ce n'est pas une décision que j'ai prise comme ça ; c'est toute une éducation derrière (...) l'hostilité contre l'armée d'occupation, l'hostilité contre les idées racistes nazies, je les portais en moi depuis un bon moment déjà. »

Début 1941 les résistants bréhatins rejoignent un groupe plus structuré, en lien avec l'Intelligence Service britannique : le réseau Georges France 31 qui, entre autres, communique aux alliés les plans de défense côtière des allemands.

Yvonne - ou appelons-là maintenant du prénom qu'elle s'est choisie : Marie-José - est étudiante en médecine à Rennes et elle profite de l'ausweis (2) qui, compte tenu de son lieu de résidence à Bréhat, lui a été délivré. Ce précieux sésame l'autorise, en toute liberté, à circuler en zone interdite et en particulier sur la côte. Elle passe, ainsi, au nez et à la barbe de l'occupant, dans ses cahiers d'anatomie, des documents stratégiques.

Mais en 1942, infiltré par un agent de l'Abwehr (3) qui les dénonce, Georges France 31 tombe.
Au mois de mai les Wiborts sont arrêtés à Bréhat. Dans un geste de défi et de panache Adrien a enfilé sa cravate de Commandeur de la Légion d'Honneur. Le couple est embarqué, sans ménagement, sur une vedette qui les conduit sur le continent.

C'est chez sa logeuse, à Rennes, que, le 22 mai 1942, Marie-José est interpellée. Elle a le temps de laisser, sur la table de la cuisine, le mot suivant : « Je suis arrêtée. Prévenir famille et amis. » Neuf jours après elle a 19 ans.


Une condamnation « Nuit et Brouillard »


Emprisonnée d'abord à Rennes, elle est conduite à Angers où elle retrouve ses parents. Elle est ensuite transférée à Paris, à la Santé, interrogée par la Gestapo (4), puis elle est incarcérée à Fresnes.Jugée et condamnée à mort (5) elle échappe au bourreau, sa peine étant commuée en déportation NN.

Le 26 juillet 1943, 58 femmes sont embarquées, peut-être devrait-on dire chargées comme du bétail, dans un train à destination de Ravensbrück. Parmi elles Marie-José et sa mère.

Là, sous le matricule 21706, elle est affectée à un Kommando (unité de travail forcé) où elle fabrique de petites pièces électriques pour le groupe Siemens (6). Elle s'efforce, avec d'autres, de ralentir la production des pièces par de petites astuces.

chombardlivreEn 1944 Marie-José est transférée à la Kinderzimmer (bloc des nourrissons). Jusque-là, à Ravensbrück, les femmes enceintes mourraient avant d'accoucher, étaient avortées de façon barbare ou bien si les enfants naissaient ils étaient immédiatement tués.

Avec la débâcle les nouveaux nés sont, a priori, épargnés mais ils sont détenus dans des conditions de vie et d'hygiène épouvantables et certains ne doivent la vie qu'au dévouement des détenues affectées à cette unité.

Marie-José, qui se souvient des nourrissons roses et joufflus dont ses parents s'occupaient sur l'île de Bréhat, raconte : « Les deux pires choses que j'ai connues à Ravensbrück ce sont les « lapins », c'est ainsi que nous appelions les malheureuses qui servaient aux expérimentations nazies et les bébés (...) Ils ont l'air de vieillards. (...) Je découvre la mort quotidienne des enfants et le désespoir des mères. Mais c'est ma vocation : je dois sauver quelques vies (...) Ça a été une nouvelle résistance, mais avec si peu de résultats. » Sur les six cents enfants qui passeront dans la Kinderzimmer seuls quarante survivront !

Petit à petit, entre autres avec Germaine Tillon (7), Marie-José essaie d'analyser le monde d'horreur qu'elle a traversé. « C'est là que j'ai vu jusqu'où le système nazi peut avoir des côtés diaboliques. Ce n'est pas simplement un système politique C'est l'enfer ! »


Un engagement à vie pour les droits humains


En 1945 Marie-José et sa mère sont envoyées à Mauthausen. Le 22 avril elles sont libérées par la Croix Rouge. Elles passent par la Suisse et Annemasse et le 1er mai 1945 Marie-Josée arrive à Paris, puis c'est le retour en terre bretonne. C'est à ce moment-là que les deux femmes apprennent la mort d'Adrien à Buchenwald.

« Il faut alors tout repenser, redécouvrir, réapprendre dans ce monde (...) retrouver un sens à cette vie. » écrit Marie-José qui reprend ses études de médecine, puis épouse Henry Chombart de Lauwe, un sociologue qui a rejoint la résistance en 1942, puis une fois passé en Angleterre s'est engagé comme pilote dans la RAF. De leur union naîtront quatre enfants.

chombard1Docteure en psychologie de l'enfant, c'est naturellement à l'enfance que Marie-José Chombard de Lauwe consacre sa carrière. Elle devient directrice de recherche au CNRS, crée une commission spécialisée au sein de La Ligue des Droits de l'Homme, collabore également à la rédaction de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant adoptée par l'ONU en 1989.

A partir de 1980 elle commence à témoigner auprès des collégiens et des lycéens de son histoire et de son expérience de déportée. Quelques année plus tard, en 2011, elle est honorée par la ville de Paimpol qui baptise de son nom son nouveau collège public.

En 1996, elle succède à Marie-Claude Vaillant Couturier (8) à la présidence de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Infatigable mémoire des martyres de la peste brune, elle continue aujourd'hui encore à mettre en garde contre les dérives de l'extrême-droite et l'aveuglement qui permettrait une répétition de l'histoire.

En avril dernier à Rennes, elle mettait en garde : « Attention, soyez vigilants, le germe du mal est en train de repartir ; ne baissez pas les bras ; gardez les yeux ouverts car tout cela n'est pas fini et il faut continuer à vous engager et à vous battre pour que cette idéologie de haine cesse une fois pour toute et pour toujours ! »


Philippe KLEIN

Notes :

1 - NN : Nuit et brouillard en français. Nom de code donné aux directives des dirigeants nazis ordonnant l'arrestation, la déportation et la disparition sans traces et dans un secret absolu d'opposants, de résistants, d'ennemis ou de considérés tels au troisième Reich, qu'ils soient allemands ou non.

2 - Laisser-passer

3 - Service de renseignements de l'état-major allemand

4 - Police politique nazie

5 - Les nazis se targuaient de ne pas fusiller les femmes dans un souci d' « humanité ». Elles étaient transférées en Allemagne et décapitées ou pendues (les exécutions à la hache furent interdites par le troisième Reich à partir de 1938, la corde et la guillotine étant plus efficaces et surtout plus rapides !) ! En fin de compte il ne s'agissait là que d'une humiliation supplémentaire. Il est, en effet, plutôt considéré comme un honneur, pour un soldat, d'être passé par les armes. La décapitation et la pendaison sont des morts infamantes en général réservées aux criminels de droit commun

6 - Groupe industriel, aujourd'hui premier employeur privé d'Allemagne, Siemens puisait durant la guerre sa main d'œuvre parmi les déportés (es). Le groupe possédait même une usine au sein du camp de concentration et d'extermination d'Auschwitz !

7 - Résistante et ethnologue française (1907 – 2008). Déportée en 1943 et libérée en 1945

8 - Femme politique française, communiste et résistante (1912 – 1996) Déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück elle fut députée de 1945 à 1958 et de 1967 à 1973.

 

Sources :
Corinne Renou-Nativel (La Croix 26 mai 2015)
Wikipédia
Jérôme Cordelier (Le Point 24 avril 2015)
Conférence du 9 avril 2015 aux Champs Libres à Rennes dont Breizh Femmes s'était alors fait l'écho.
Claude Hamonet (AAIHP © 1965)
Résistance Unie numéro 87
Collège Chombart de Lauwe de Paimpol

collegepaimpol

Le 26 août 1827 - ou le 24 août 1826 selon les sources -  dans le café brestois tenu par les époux Duval on fête la naissance de la dernière fille de la famille : Nathalie.
Il semble que les revenus des Duval soient suffisants pour assurer à l'enfant une éducation correcte.

A 12 ans elle quitte l'école et elle devient ouvrière relieuse de livres.

A 18 ans, elle épouse Jérôme Lemel – ou peut-être Le Mel selon certains biographes – de huit ans son aîné, également ouvrier-relieur. Le couple ouvre en 1849 une boutique de librairie-reliure à Quimper où ils se sont installés. De leur union naissent trois enfants. Mais leur activité périclite et en 1861 la famille quitte la Bretagne pour s'installer à Paris où ils espèrent trouver du travail.
Nathalie Lemel commence semble-t-il par vendre des livres, puis elle se fait engager par un atelier de reliure.

Une des premières femmes déléguées syndicales

En Europe, le climat social est de plus en plus agité. En 1864, l'Association Internationale des Travailleurs plus connue sous le nom de « Première Internationale » est créée à Londres. En août les ouvriers relieurs se mettent en grève. Le mouvement est extrêmement dur. Un certain Eugène Varlin se distingue particulièrement lors de ce conflit (1).

lemelEst-ce au contact des livres sur lesquels elle travaille que Nathalie se conscientise politiquement ?
Toujours est-il qu'elle devient socialiste et qu'elle adhère à l'Internationale en 1865.
Sous l'impulsion de Varlin, partisan de l'égalité des sexes, elle entre à un poste élevé à la Société d'Epargne de Crédit Mutuel des Relieurs dont il est Président.
Une nouvelle grève éclate. Nathalie y prend une part très active. Fait exceptionnel pour une femme à l'époque elle est élue déléguée syndicale. On remarque rapidement ses qualités d'organisatrice et sa détermination.

Nathalie Lemel se bat, entre autres, pour la parité des salaires entre hommes et femmes. Sujet encore, ô combien, d'actualité de nos jours.
Si elle est distinguée par ses camarades de lutte elle ne laisse pas indifférent le pouvoir comme en témoigne cet extrait d'un rapport de police : « Elle s'était fait remarquer par son exaltation, elle s'occupait de politique (sic!) ; dans les ateliers elle lisait à haute voix les mauvais journaux (re-sic!) Elle fréquentait assidûment les clubs » D'autre part l'opposition de la jeune femme au Second Empire ne passe pas inaperçue non plus auprès des autorités.

Elle quitte son mari et s'engage en politique

En 1868, lasse des frasques alcooliques de son mari, elle quitte le domicile conjugal. Cette nouvelle manifestation d'indépendance féminine, pour ne pas dire féministe, ne manque pas d'énerver considérablement ses adversaires de la bourgeoisie bien-pensante et de la police de Napoléon III.
La disponibilité que lui procure sa rupture conjugale lui permet de militer encore plus. Ainsi avec Varlin et quelques autres relieurs elle crée une coopérative alimentaire : « La Ménagère » et un restaurant ouvrier : « La Marmite ». Peut-être une référence clin d'œil à Jules Vallès : « Quand la ménagère arrache le drapeau noir qui flotte sur la marmite pour le planter entre deux pavés, c'est que le soleil se lèvera sur une ville en révolte » (2) Quatre établissements à cette enseigne serviront, à terme, des repas à près de 8000 ouvriers.

L'égalité hommes-femmes préside sans doute à la philosophie du mouvement mais il est à noter que c'est Nathalie qui est employée à la préparation des repas ! Il semblerait qu'on ne se débarrasse pas aussi vite des - mauvaises ? - habitudes.

Après « Le désastre de Sedan » et la déchéance de Napoléon III, les élections du 8 février 71, sensées entériner auprès du peuple les conditions d'une armistice bâclée, provoquent en portant à la Chambre une majorité de députés monarchistes favorables à la Paix, le mécontentement du peuple de Paris.
barricadesEn effet celui-ci a terriblement souffert du siège de la capitale et, compte tenu de sa résistance, ne se considère pas vaincu. Ainsi la majeure partie des élus parisiens appartiennent à des listes « pour la guerre ».

Le gouvernement en place se braque, interdit un certain nombre de journaux dont « Le Cri du Peuple » de Jules Vallès, transfère son siège à Versailles et met fin « au moratoire sur les effets de commerce » acculant à la faillite de nombreux artisans et commerçants.

« Pétroleuse » de la Semaine Sanglante

Le 18 mars, le peuple de Paris se soulève, fraternise avec les troupes envoyées par le gouvernement pour les désarmer. Les élections municipales du 26 mars donnent naissance à « La Commune de Paris ». Dès le début de l'insurrection Nathalie Lemel prend une part très active aux événements. Elle prend souvent la parole dans les clubs de femmes. Elle n'est pas la seule. De nombreuses femmes s'investissent dans la lutte : Anna Jaclard, Paule Mink, Marguerite Tinayre... et tant d'autres, sans oublier cela va de soi : Louise Michel.

Il y a également parmi toutes ces femmes animées par le désir de plus de justice et de plus d'égalité avec les hommes : Elisabeth Dimitrieff. Cette russe de vingt ans, fille illégitime d'un officier tsariste, arrive de Londres à Paris en mars 71. Envoyée par Karl Marx en mission d'information, elle se lie rapidement avec Nathalie. Ensemble elles créent, le 11 avril, la première organisation autonome de femmes : « l'Union des Femmes pour la Défense de Paris et les Soins aux Blessés ». Nathalie Lemel fera partie du Comité Central.
Durant « la Semaine Sanglante » (3) nombre de femmes payent leur engagement de leur vie. Par exemple, le 25 mai 1871, rue du Château d'eau, la garde nationale fidèle à la Commune, abandonne une barricade devant l'avancée des troupes versaillaises. Au cri de « Vive la Commune » de nombreuses femmes armées de fusils accourent pour tenter de faire reculer les assaillants. L'affrontement est terrible. Seules cinquante-deux communardes survivent à l'assaut. Désarmées, elles sont aussitôt fusillées par les Versaillais sans autre forme de procès.
La veille, un incendie avait détruit l'Hôtel de Ville. Monsieur Thiers que Clémenceau, alors Maire de Montmartre, définissait ainsi : « Le type même du bourgeois cruel et borné qui s'enfonce sans broncher dans le sang » fait endosser aux femmes l'origine du sinistre. On les affuble alors du sobriquet de « pétroleuses ». La responsabilité des communardes ne fut jamais avérée.

Nathalie n'est pas en reste. Elle est sur les barricades, entre autres rue de Pigalle et place Blanche. Non seulement elle se bat mais elle s'emploie aussi à soigner les blessés. Lorsqu'elle rentre chez elle, couverte de poussière et harassée de fatigue, après avoir combattu durant quarante-huit heures sans répit, elle dit : « Nous sommes battus mais nous ne sommes pas vaincus »

En déportation avec Louise Michel

Elle est arrêtée le 21 juin. Traduite devant le Conseil de guerre Nathalie Lemel est condamnée à la déportation et à l'enfermement au bagne en Nouvelle Calédonie. Ses amis tentent d'obtenir une grâce et font un recours dans ce sens. Elle l'apprend.

Sur le point d'être embarquée vers Nouméa elle écrit au Préfet de La Rochelle : « Je déclare formellement que non seulement je n'en ai pas fait [de recours en grâce], mais je désavoue celui qui serait fait à mon insu, ainsi que tous ceux qui pourraient être faits dans l'avenir. Ma décision est irrévocable... »

Le 24 août à bord du « Virginie » elle voit s'éloigner les côtes françaises. Parmi les déporté-e-s qui sont à ses côtés : Louise Michel.
Au bout de quatre mois de traversée, arrivée en terre kanaks. Avec « Enjolras » (4) elle refuse de bénéficier, en tant que femme, d'un régime différent de celui des hommes. « Nous ne demandons ni n'acceptons aucune faveur et nous irons vivre avec nos co-déportés dans l'enceinte fortifiée que la loi nous fixe »

ParisDurant sa détention sur la presqu'île Ducos où se situe le bagne c'est, semble-t-il, avec Louise Michel quelle partage sa cabane. Certains biographes s'accordent pour dire que Nathalie aurait pu avoir une certaine influence sur sa camarade de misère.

Amnistiée, elle rentre à Paris en 1880. Elle est engagée par Rochefort dans son journal « L'Intransigeant ».
Elle continue avec acharnement sa lutte pour la condition féminine en général et le droit des femmes en particulier. Mais ses années de déportation l'ont épuisée. Sans soutien matériel, elle sombre dans la misère.
Aveugle elle entre, en 1915, à l'hospice d'Ivry. Elle s'y éteindra en 1921.

Ce petit bout de femme - elle mesurait 1 mètre 49 - socialiste, révolutionnaire, anarchiste, féministe, défenseure acharnée du droit des femmes a donné son nom à une rue à Rennes mais aussi à Quimper et à Brest. Une allée à Nantes, ainsi que deux places, l'une à Paris, l'autre à Nanterre ont été baptisées de son patronyme.

Philippe KLEIN

Notes :

1 - Cet artisan relieur né en Seine et Marne en 1839 est un militant socialiste et libertaire, membre de la Première Internationale et de la Commune à laquelle il participe activement. Le 28 mai 1871, dernier jour de la semaine sanglante, il est reconnu rue Lafayette, arrêté et conduit à Montmartre. Là, la populace le lynche et l'éborgne. Finalement Eugène Varlin est fusillé par les « Lignards » (soldats des Régiments de ligne)

2 - « L'Insurgé » – Jules Vallès –

3 - Episode final et dramatique de l'insurrection parisienne connue sous le nom de « La Commune de Paris » Les « Versaillais » (le gouvernement s'était réfugié à Versailles devant la révolte parisienne) ont décidé d'en finir avec les « Communards ». L'armée intervient brutalement entre le 21 et le 28 mai 1871. On estime entre 6 et 7000 les victimes, souvent innocentes, de la répression ordonnée par Thiers. Dans le même temps des milliers d'arrestations ont lieu. Les « Communards » ou considérés comme tels seront traduits devant des Conseils de Guerre qui siégeront durant quatre ans. C'est lors de cette Semaine Sanglante que Jean-Baptiste Clément écrira un chant éponyme devenu un classique des chants révolutionnaires.

4- Surnom donné par ses camarades à Louise Michel en référence au personnage créé par Hugo dans « Les Misérables »

Sources :
Les sites Wikipédia, Raspou Team, Ces Grandes Femmes qui font l'Histoire, l'Histoire par les Femmes, l'article de Claude Kowal sur le site de l'association Autogestion 

 

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Septembre 1858. Le 14, Zénaïde Fleuriot a le malheur de perdre sa jeune belle-sœur pour laquelle elle avait une grande affection.
Pourtant l'année avait bien commencé. La jeune femme a présenté plusieurs textes à un concours littéraire ainsi qu'elle l'avait fait l'année précédente. Et une fois encore ses textes sont primés et font l'objet de nombreux éloges.

Bouleversée par le deuil qui la frappe la jeune écrivaine se réfugie alors dans l'écriture. Elle fait parvenir à Ambroise Bray, un éditeur catholique sis au 66 de la rue des Saints Pères (ça ne s'invente pas) plusieurs nouvelles qu'elle regroupe sous le titre Souvenirs d'une Douairière. L'éditeur accepte de publier l'ouvrage. Zénaïde le dédie « A ses sœurs d'affection : Marie, Alix, Claire et Louise de Keréver. »

Ce premier roman publié à Paris (1859) reçoit à son tour un joli succès d'estime.

Zénaïde décide de l'adresser au journaliste Alfred Nettement. Celui-ci connu pour ses positions catholiques et légitimistes, ce qui ne peut que plaire à la fille de Jean-Marie Fleuriot, a été député du Morbihan à l'Assemblée Législative de mai 1849 à décembre 1851. Mais c'est avant tout au directeur de La Semaine des Familles, poste qu'il occupe depuis 1858, que l'auteure fait parvenir son ouvrage.

En août 1859, pour la première fois, le journal publie : Projets d'Avenir. Ce court roman signée de la jeune femme, elle n'a pas trente ans, sera le premier d'une longue liste publié par le périodique jusqu'à la mort de Zénaïde Fleuriot.
En 1874, elle prendra la direction du journal. Mais en constatant que ces nouvelles fonctions, qu'elle accomplissait avec le plus grand sérieux, l'empêchait en partie de continuer à écrire elle quittera ce poste quatre ans plus tard sans pour autant, bien sûr, cesser sa collaboration littéraire avec « La Semaine ».

Zénaïde découvre la capitale

A l'automne 1860, Zénaïde décide de se rendre à Paris pour, ainsi que l'écrit son biographe, « s'entendre verbalement avec ses éditeurs » La découverte de la capitale ne cesse pas de l'étonner. « Que ce Paris est étourdissant ! – écrit-elle à Claire Keréver en septembre 1860 – On y voit autant de tournures ridicules que de costumes extravagants ; on n'a pas idée de choses semblables. Il y a des chapeaux à faire éclater de rire, auprès desquels mes coiffures les plus antiques seraient des bijoux (...) »

En janvier de l'année suivante elle continue de relater à sa « sœur d'affection » ses découvertes parisiennes : « Aujourd'hui j'ai passé une charmante journée. Nous avons vu La Madeleine puis la Bourse, c'est-à-dire une foire où on gesticule ; c'est un spectacle unique, on se croirait dans un temple plein de fous furieux. Nous nous sommes promenées boulevard de Sébastopol ; si tu habitais là, Clairette, tu t'en donnerais de la fenêtre ! Cela fait d'abord mal aux yeux, car les voitures se suivent et ne se ressemblent pas, mais on s'y habitue. (...) »

couv3Mais son séjour parisien ne lui apporte pas que des satisfactions ainsi qu'elle l'écrit, toujours en signant « Zaza », à sa chère Claire le 30 octobre 1860 : « Maintenant, que je te raconte mes indignations : on me vole, ma pauvre Claire, on me pille ; compte sur tes doigts : mon couteau, mon parapluie, mon porte-monnaie contenant 15 francs, un mètre de beau cachemire tout neuf. A ce dernier vol, j'ai crié et je me suis plainte à Mme Pape. Elle a fait une enquête, car d'autres dames avaient réclamé divers objets disparus, et notre femme de service va être congédiée ; il y a trois ans qu'elle est dans la maison, et Mme Pape l'a retirée de la misère. (...) »

Cet incident lui permet de rappeler à sa lectrice les préceptes de la foi qui continue à l'animer : « (...) Il faut vraiment faire le bien en vue de Dieu, et non pas pour la reconnaissance qui en résulte. » conclue-t-elle.

Succès et choléra

De retour à Saint-Brieuc, chez les Keréver, son foyer d'adoption, elle écrit « avec acharnement ». Le succès est toujours au rendez-vous et Zénaïde peut commencer à vivre de sa plume. Ces rentrées pécuniaires, même si elles sont encore modestes, la jeune femme n'entend pas en profiter seule, ainsi qu'elle l'écrit à sa sœur Marie en février 1862 : « (...) je tiens à te remercier du tout petit billet où tu me parles du bonheur que tu as eu à me voir acquitter une partie des dettes contractées par notre pauvre et bien-aimé père. Je suis heureuse de te causer cette joie, et s'il plaît à Dieu, je pourrai, avant très longtemps, solder ce qui reste encore dû ; mes mesures sont prises pour cela. (...) J'ai pu envoyer aussi une petite somme à notre si cher Jean-Marie, qui parait toujours se plaire à son rude métier de soldat, là-bas en Algérie. »

Mais au mois de juin ce sera l'annonce de la mort au champ d'honneur de ce frère Maréchal des Logis au 3ème Spahis en Algérie auquel elle avait envoyé un peu d'argent quelques mois plus tôt. Ce nouveau coup du sort, s'il laisse Zénaïde éperdue de chagrin, ne tarit en rien son inspiration et sa soif d'écrire.

Pourtant la camarde continue à poursuivre l'écrivaine de ses assiduités. En 1867 c'est autour d'Alix une de ses sœurs de cœur d'être brutalement emportée par le choléra qui avait commencé à frapper la région dès le mois d'octobre précédent. A la fin de l'année on avait dénombré 400 cas et 172 décès.

Quelques semaines après la mort d'Alix c'est sa mère, Madame de Keréver qui succombe à son tour, victime de la terrible épidémie. C'est à cette époque que parait Petite Belle qui est le vingt-deuxième roman de Zénaïde écrit quelques temps avant la mort d'Alix.

Cette succession de décès perturbe au plus haut point Zénaïde. Sa santé s'en ressent et elle peine à écrire. Elle envisage un voyage à Rome mais elle recule devant le coût d'un tel périple. Aussi se rend-elle à Paris pour y rencontrer la Supérieure du couvent des Sœurs Auxiliatrices du Purgatoire où elle pense faire retraite.

Le 9 juin elle écrit à Anne, sa sœur, pour lui raconter le déroulement de cette entrevue : « J'ai été aujourd'hui recommander ma chère Alix aux prières des Auxiliatrices du Purgatoire. Ah! Ma chère Marie, quelle profonde impression j'ai rapportée de cette visite, et quelle inoubliable vision que cette noble et sereine figure de religieuse entrevue dans l'humble parloir du couvent. Grande et belle sous son austère vêtement noir, peut-être plus jeune que moi, il y avait sur son visage, aux lignes pures et aux yeux lumineux, une telle expression de douce mansuétude que j'ai mis tout de suite ma main dans la sienne, en lui ouvrant mon pauvre cœur désolé.Elle n'a pas voulu me laisser faire une retraite dans l'état de désolation où je me trouve, et m'a dit d'aller d'abord à Rome, et de revenir ensuite la voir. Je suis sortie de cette entrevue emportant un calme, une religieuse paix que je ne connaissais plus depuis la mort d'Alix. »

A l'heure de la guerre

Ainsi sur les conseils de la religieuse Zénaïde décide de se rendre à Rome. Le matin de son départ pour la capitale italienne, le 21 juin 1867, elle écrit à Etienne de Keréver : « (...) Vous vous étonnerez peut-être de me voir faire un voyage si coûteux qu'il m'a fallu vendre la propriété de quatre de mes ouvrages pour pouvoir l'effectuer. Que voulez-vous? Il faut bien que j'essaie de reprendre quelque force et un peu d'intérêt à la vie. En définitif, tout me manque! Votre famille était devenue la mienne; donc, c'est chez vous que j'aurais voulu goûter le repos de l'affection; et voilà que d'affreux vides se sont produits, et que chez vous, chez vous c'est-à-dire chez moi, je n'ai qu'une pensée : Alix ! Donc il faut que je voyage, puisque je ne puis me faire à sa disparition. Actuellement, je suis submergée par le chagrin ; et, jusqu'à ce que le temps ait endormi cette cuisante douleur, il faut que je m'éloigne de ce pauvre pays qui m'est si cher. (...) »

Durant les années qui suivent Zénaïde Fleuriot va continuer à écrire tout en effectuant de régulières retraites. En 1870 elle fait paraître trois nouveaux romans et elle se rend pour la seconde fois à Rome. De retour à Paris, où elle s'est installée l'année précédente, elle loue un appartement au 116 de la rue du Cherche-midi qu'elle gardera jusqu'à sa mort.

Le 19 juillet la France déclare la guerre à la Prusse. Le 2 septembre c'est le désastre de Sedan ; Napoléon III capitule. Le 4, l'Empereur est déchu et la République est proclamée.

Le 7, Zénaïde écrit : « (...) oui, c'est vrai; un à un, tous les chemins de fer sont coupés ; un à un, tous les fils télégraphiques se rompent; la mer houleuse, menaçante, enroule, arrondit ses flots autour de Paris. Les gares tumultueuses se ferment, la vie intellectuelle et commerciale s'arrête. En prévision de ce qui peut arriver, Paris s'arme, Paris se taille une formidable armure; Paris n'a plus de théâtres, mais des remparts; Paris n'a plus de flâneurs, mais des soldats. Les départs continuent; il y en a qui sont des lâchetés, comme il y a des retours qui sont des héroïsmes. Les femmes les plus résolues se déterminent à partir. Nous commençons à nous compter; et vous avez deviné juste, chère Princesse, je reste, car il me semble que je puis être utile (...) »

rueLe 17, les prussiens commencent l'encerclement de Paris. C'est le début du siège. Durant les mois qui vont suivre Zénaïde ainsi qu'elle le dit elle-même « n'est pas inutile ». Elle tient un journal dans lequel elle consigne les faits importants ou anodins de sa vie d'assiégée. Elle s'occupe des malades et des blessés qui ne manquent pas par ces temps de misère.

Les Parisiens pour communiquer au de-là du blocus n'ont plus que le « ballon monté » semblable à celui pris par Gambetta pour s'évader et rejoindre Tours.

Zénaïde utilise ce moyen pour envoyer de ses nouvelles aux siens pour lesquels elle ne cesse de s'inquiéter. Elle confie ainsi aux airs ses lettres comme on jette une bouteille à la mer... sans jamais savoir si elles atteindront leurs destinataires.


De retour chez elle

En 1871 Zénaïde revient en Bretagne. Elle fuit un autre conflit qu'elle trouve bien plus effrayant que la guerre qui vient de s'achever : La Commune ! Deux ans plus tard elle fait construire à Locmariaquer « un cottage » qu'elle baptise Kermoareb. Elle y résidera tous les ans jusqu'à sa mort.

Avec plus de 83 titres publiés en 30 ans, Zénaïde Fleuriot fut sans doute l'auteure la plus populaire auprès des jeunes filles de son siècle et du suivant.

En 1923 Jules Romain l'évoque en faisant dire à un de ses personnages, Madame Parpalaid, qui s'adresse à Knock : « Sur le parcours, le paysage est délicieux, Zénaïde Fleuriot l'a décrit dans un de ses plus beaux romans, dont j'ai oublié le titre ».

Lorsqu'elle meure le 19 décembre 1890 à Paris son cercueil est transporté en train de la gare Montparnasse à Locmariaquer où huit marins du village transportent au cimetière la dépouille de celle qui avait écrit : « Je mourrai avec la passion de la mer ; elle me produit l'effet d'une zone intermédiaire entre la terre et le ciel »


Philippe KLEIN

Retrouver la première partie de l'article : ici

NB : Il semblerait que Zénaïde Fleuriot ait inspirée plusieurs biographes, ou prétendus tels. Toutefois il s'avère que nombre de ces écrits prête à confusion si ce n'est à suspicion. Souvent ils se contredisent, parfois même sous la plume du même rédacteur. On y relève aussi quelques énormités historiques (Austerlitz en 1802 par exemple !)
Aussi le rédacteur de cet article, qui ne prétend en aucune manière faire œuvre de biographe et encore moins d'historien, a pris le parti de s'inspirer en grande partie, pour évoquer la vie de l'écrivaine, du livre écrit par son neveu Francis Fleuriot-Kerinou : « Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondances »
Dans cet ouvrage, édité pour la première fois en 1897 et très documenté, l'auteur évoque les témoignages et les écrits qu'il reçut de sa tante mais également des parents et amis de cette dernière.