C'est le 5 avril 1982 que le Conseil Municipal de la Ville de Rennes décide de baptiser un square du nom de celle qui se définissait comme une « poète paysanne » défenseuse de la langue bretonne : Anjela Duval.

Anjela-DuvalDe son vrai nom Marie-Angèle Duval, Angela naît le 3 avril 1905 dans la ferme familiale de Traõn-an-Dour hameau dépendant de la commune de Vieux Marché dans les Côtes du Nord, aujourd'hui Côtes d'Armor. Elle est la fille unique d'un couple d'agriculteurs : une sœur et un frère sont morts avant sa naissance.


Au début du siècle dernier l'Instruction est obligatoire et l'Ecole laïque et gratuite fortement recommandée (lois de 1881 et 1882) ; l'école privée reste autorisée mais depuis la loi Goblet de 1886 il est fait interdiction aux religieux d'enseigner dans le public. A cette époque, l'école privée reste majoritaire en Bretagne.

L'Instruction au sein des familles est également admise si elle est donnée par le Père de famille qui peut éventuellement déléguer à la personne de son choix. Tout cela à la condition expresse que l'enseignement soit prodigué en français à l'exclusion de tout autre « patois » (!) et qu'il soit appris aux garçons des exercices militaires et aux filles des travaux d'aiguille !


Cette instruction obligatoire concerne tous les enfants de 6 à 13 ans, à l'exception des élèves ayant obtenu le Certificat d'Etude qui peuvent être dispensés d'enseignement dès 11 ans. Anjela qui souffre d'une maladie des os n'intégrera l'école des Sœurs de Trégorm – une commune voisine de la sienne – qu'à 8 ans. Elle se révèle une élève brillante de l'aveu même de son institutrice  (1) : « elle était travailleuse, pieuse et me donnait entièrement satisfaction ». Elle quitte l'école à 12 ans.
Le Breton étant donc considéré comme un « patois » la petite Anjela suit ses cours en français, même si elle apprend le catéchisme dans sa langue natale alors même que la prédication en breton dans les églises est prohibée.


Elle souffre de cette obligation de parler, de lire et d'écrire le français : « Dans mon jeune âge j'ai été élevée en bretonne... et une fois arrivée à l'école on m'a fait parler français, presque de force...il n'y avait pas de livres bretons que des livres français. Ma Doué ! Il fallait apprendre le français pour savoir ce qu'il y avait dans ces sacrés livres !... Je me suis sentie exilée pendant mes années d'école... je n'étais pas à la maison, je n'étais pas chez moi, il fallait parler français et quand on me fait faire quelque chose de force, il n'y a rien à faire avec moi... Je n'ai pas une âme servile... Je n'ai jamais servi personne sauf mes parents bien sûr, tant qu'ils vivaient je (les) ai servis. Là je n'étais que la servante. »
C'est ce que livre Anjela en 1971 à la caméra d'André Voisin dans l'émission : « Les Conteurs »


A la mort de ses parents elle continue à exploiter sa ferme. Grâce à des amis, elle découvre et lit depuis plusieurs années des revues rédigées en breton. Et elle y prend un réel plaisir.


Comment lui vient l'idée d'écrire ? Elle confie à André Voisin : « Je me suis dit un jour, quand même, moi je ne suis qu'un nourrisson. Je me nourris de tout ce que les autres écrivent ; il faudrait que j'essaie d'écrire quelque chose pour aider un peu. Parce que c'était tous des bénévoles qui écrivaient. Personne ne gagnait rien. Et encore il fallait dépenser de l'argent pour acheter les revues dans lesquelles on avait écrit. Alors j'ai commencé à écrire mais je faisais des fautes. (Jusque là) je me contentais de lire pour savoir comment était l'histoire, pas pour savoir comment c'était écrit. »


Toujours est-il qu'Anjela écrit, écrit. Elle ne commence à le faire qu'à partir de 55 ans, mais comme l'écrit Ronan Le Coadic : « Née en 1905, elle n'a commencé à écrire qu'au début des années soixante. Toutefois, pendant ses cinquante-cinq premières années, en plus de cultiver la terre et de soigner ses parents, elle a patiemment forgé sa sagesse. Sa conception de la vie reposait sur trois idéaux : l'amour de la nature, la spiritualité et l'amour de son peuple. »


Paysanne érudite, auteure et poète reconnue, chantre de son Trégor natal, Anjela Duval demeure bien présente dans la culture bretonne. Gilles Servat à évoqué en chanson Traõn-an-Dour où il vint à une époque parfaire son breton, le groupe breton Unité Maü Maü ( Hip Hop engagé) évoque « l'amour de Mamm Douar » dans « Un chant venu de la terre » extrait de son dernier album.


N'hésitons pas à découvrir ou à redécouvrir en breton ou dans leurs traductions françaises et anglaises les écrits d'Anjela.
N'hésitons pas à lui dire : « Degemer mat Anjela ! »

Philippe Klein

(1) - Citée par Nathalie Caradec dans "Portrait croisé d'Anjela Duval" Mignoned Anjela 

 

Une rue porte son nom dans le quartier Beauregard, à deux pas de la Préfecture.
Née en 1748 à Montauban (Tarn et Garonne) Olympe de Gouges - de son vrai nom Marie Gouze - fait figure de pionnière en matière de féminisme et défend des idées en avance sur son temps.
Sa lutte pour l'égalité des droits passe d'abord par des prises de position en faveur de l'abolition de l'esclavage. Femme de lettres, elle monte une troupe de théâtre itinérant à Paris pour y jouer ses pièces jugées subversives notamment L'esclavage des noirs reprise plus tard par la Comédie Française ou encore Le marché des noirs dans lesquelles elle dénonce le sort réservé aux esclaves dans les colonies. Son essai Réflexions sur les hommes nègres lui ouvre les portes de la Société des amis des noirs.
Dans un autre texte intitulé Lettre au Peuple, Olympe de Gouges développe ses idées de réforme sociale. Royaliste au début de la Révolution Française, elle devient républicaine mais s'oppose à la mort de Louis XVI proposant même de seconder Malesherbes dans la défense du roi.
Son vrai combat néanmoins est celui des femmes qu'elle considère capables d'assumer les tâches traditionnellement dévolues aux hommes et d'être associées aux débats politiques. Déçue par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, Olympe de Gouges rédige une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dans laquelle elle affirme l'égalité des droits civils et politiques. Elle se bat pour obtenir de nouveaux droits pour les femmes : droit au divorce, à la recherche de paternité et à la reconnaissance d'enfants nés hors mariage, droit à la santé avec la création de maternités, remplacement du mariage religieux par un contrat civil, etc.
« La femme a le droit de monter sur l'échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune » écrit-elle dans sa Déclaration.
Au printemps 1793, elle s'inquiète de la montée en puissance des Montagnards et de la menace de dictature du Comité de Salut Public. Elle est arrêtée en juillet 1793 pour avoir soutenu les Girondins notamment par la conception d'une affiche ; elle est condamnée à mort et guillotinée le 3 novembre 1793

Le 19 novembre 2012 le collège Montbarrot-Malifeu de Villejean à Rennes est rebaptisé Collège Rosa Parks. Ce nouveau nom choisit par une large majorité des élèves a été validé par le Conseil Général pour les valeurs universelles portée par Rosa-Louise McCauley Parks.

Rosa Mc Cauley nait le 4 février 1913 à Tuskegee en Alabama.
Après le divorce de ses parents Rosa, de santé délicate, habite avec sa mère, son frère cadet et ses grands-parents dans une ferme.
Soucieuse de l'éducation de sa fille – les afro-américains éprouvent à cette époque de grandes difficultés à suivre une scolarité normale – sa mère, institutrice, se charge d'éduquer Rosa à la maison. A onze ans elle intègre à Montgomery l'Industrial School for Girls, école fondée pour les enfants noirs par des familles blanches.
Elle est admise ensuite au « Collège d'Etat pour Nègres d'Alabama » (sic) mais elle doit le quitter pour s'occuper de sa mère tombée malade.
En épousant en 1934 Raymond Parks , membre d'une association de défense des gens de couleurs (NAACP) Rosa entre de plein pied dans le militantisme des droits civiques pour l'égalité entre blancs et noirs.
Son mari l'incite à reprendre des études secondaires qu'elle achève en 1934. Seuls 7% des afro-américains atteignent à cette époque ce niveau d'étude.

Le 1er décembre 1955 Rosa monte dans l'autobus qui doit la ramener chez elle après sa journée de travail comme couturière. Elle s'assoit à une place en principe réservée aux blancs. Elle viole ainsi de façon délibérée la loi en vigueur dans l'Etat. Le chauffeur du bus lui demande de laisser son siège et d'aller au fond du car aux places dévolues aux gens de couleur. Rosa refuse. Elle est arrêtée, jugée et condamnée à payer une amende de 15$. Elle fait appel de ce jugement.
Un grand mouvement de solidarité se met en place à l'initiative, entre autres d'un jeune pasteur inconnu : Martin Luther King.
Un boycott des bus est décidé : il durera 381 jours.
Et le 13 novembre 1956 la Cour Suprêmes des Etats Unis d'Amérique déclare les lois ségrégationnistes dans les bus anticonstitutionnelles et les abolit.
Rosa Parks devient la figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale et le Congrès Américain lui décerne, en 1999, sa médaille d'or, plus haute distinction civile qu'il puisse accorder.
Elle meurt le 24 octobre 2005. La Compagnie de bus de Montgomery qui l'avait fait condamner décidera de laisser vacantes les premières places de ses autobus jusqu'aux obsèques en y plaçant une photo de Rosa avec cette inscription :
« En hommage à la femme qui s'est tenue debout en restant assise. »

Philippe Klein

Par ses délibérations d'avril 1998 et de février 1999 le conseil municipal de Rennes décide de baptiser une allée située près du canal de la Vilaine du nom de celle qui fut parfois surnommée la « Robin des Bois bretonne ». Suivront une Maison associative puis une crèche.

Marie-Louise Tromel voit le jour le 6 mai 1717 à Porz-en-Haie près du Faouët dans le Morbihan actuel. Avec avec ses quatre frères et sa sœur, elle connaît une enfance misérable et se distingue par son arrogance, sa rouerie mais aussi par son intelligence et son courage. Elle se livre à de fréquents larcins et n'hésite pas à rançonner les gamins de son âge.
A 23 ans elle devient la cheffe d'une troupe d'une quarantaine d'hommes qu'elle dirige avec une autorité qu'aucun ne lui conteste. Parmi les membres de ce qu'on appellerait aujourd'hui « un gang » se trouve Henri Pezron un petit noble de la région qu'elle épouse en secret. Marion a été surnommée « finefont » ce qui signifie fine et rusée ; tout naturellement on appelle sa troupe « la Compagnie Finefont »
Marie-Louise, que l'on décrit comme une rousse flamboyante, établit son repaire sur les rives de l'Ellée une rivière proche du Faouët. C'est ainsi que pour tous elle devient Marion du Faouët.
Les brigands écument une grande partie de la Cornouaille. Ils attaquent et détroussent marchands, colporteurs et voyageurs que Marion a repéré un peu plus tôt sur les foirails et les marchés et qui ont eu la folie d'un peu trop exhiber des bourses aux renflements prometteurs.
Mais sans jamais verser le sang. Les voisins et les pauvres sont épargnés. Mieux, Marion du Faouët reverse à ces derniers une part des butins.
Car c'est elle qui décide de la façon de disposer des fruits de ces vols et de leur répartition.
Personne ne pense à lui discuter ce droit.
Arrêtée une première fois en 1746 en compagnie de quatre de ses compagnons, dont son mari, elle est marquée au fer rouge de la lettre V (voleuse) et condamnée au bannissement. Henri est pendu le 28 mars 1747.
Les hautes protections dont elle semble bénéficier et son caractère rebelle lui permettent de ne pas quitter la Bretagne. Et de continuer ses brigandages. Hélas, ses protecteurs peu à peu l'abandonnent. En danger elle quitte La Cornouaille mais en 1754 elle est arrêtée à Nantes.
Elle est jugée à Quimper et le 2 août 1755 elle est pendue dans cette même ville.
Défenseuse des pauvres, précurseure du combat féministe, bandit de grand chemin Marion du Faouët entre dans la légende. Mais on peut tout de même noter que hors des frontières bretonnes, elle reste inconnue contrairement à son homologue masculin, Mandrin, qui à la même époque se tailla une réputation nationale et durable.

Philippe Klein

De nombreux ouvrages racontent la vie de Marion du Faouet dont un à destination de la jeunesse ; un téléfilm a été réalisé en 1997 par la télévision française. Nous aimons particulièrement cet hommage rendu sur scène par Martine et Serge Rives.

 

Le 4 février 1514 un immense et triste cortège s'ébranle et quitte le château de Blois.
Anne de Montfort, Duchesse de Bretagne, deux fois Reine de France, Reine de Sicile et de Jérusalem, Duchesse de Milan entame son dernier voyage terrestre vers Paris et la Basilique Saint Denis où elle doit être inhumée.

timbreanneC'est moins d'un mois plus tôt, le 9 janvier, qu'atteinte de la gravelle et à l'issue d'une terrible agonie de dix jours Anne, quitte ce monde pour entrer dans l'Histoire et dans la légende. Elle n'est âgée que de trente sept ans.
Le Roi Louis XII, très affligé, ordonne qu'il soit procédé à des funérailles d'une ampleur exceptionnelle. Il impose à la Cour l'usage du deuil tel qu'il est pratiqué en Bretagne. Ainsi, c'est en noir qu'on circule, à pas feutrés, dans les galeries du château.

C'est Anne , la première, qui à la mort de son précédent mari, le Roi Charles VIII, avait revêtu la tenue noire alors que jusque là les Reines portaient le blanc comme couleur de deuil. En exigeant que la tradition bretonne soit respectée Louis XII honore non seulement la mémoire de sa femme mais aussi tout le Duché breton.
Tout à sa profonde douleur il déclare : « Avant que soit passé l'an je serai avec elle et lui tiendrai compagnie. » Il mourra le 1er janvier 1515.

Après avoir procédé à son embaumement et extrait son cœur lequel sera placé dans un reliquaire d'or massif et transféré à Nantes pour y être déposé aux Chartreux dans le tombeau de ses ancêtres, on expose la dépouille d'Anne dans la grande salle d'honneur du Château qui pour l'occasion est tendue de velours noir et éclairée par de nombreuses torches à la lueur desquelles brillent les écussons de Bretagne.

portraitanneVêtue d'une robe de velours, gantée de blanc elle porte sur la tête sa couronne. A ses côtés sont placés, à droite le sceptre et à gauche la main de justice. Hérauts et rois d'armes montent la garde autour du catafalque.

Donc ce 4 février 1514 le convoi funèbre quitte la ville de Blois. Le catafalque sur lequel repose la Reine est posé sur un char tendu de draps noirs et tiré par six chevaux. Quatre cents porteurs de torches l'entourent. Princes et Princesses de sang, suivent montés sur des mules noires. Les princesses Claude, future épouse de François 1er, et Renée de France accompagnent leur mère jusqu'à sa dernière demeure.

Chaque jour le cortège traverse villages et hameaux dont les habitants émus, rassemblés de chaque côté des routes rendent hommage à leur souveraine en priant.

L'équipage royal fait étape chaque soir dans une ville différente : Saint-Dyé-sur-Loire, Cléry, Orléans, Antenay, Janville, Angerville, Etampes et enfin Monthléry. Chaque nuit le corps de la défunte repose dans l'église locale.

Le dimanche 12 février c'est l'arrivée à Paris et le mardi suivant on accompagne la Duchesse de l'église Notre Dame des Champs, où elle avait été déposée en arrivant, à la cathédrale Notre Dame de Paris. Les rues où passe le cortège sont toutes tendues de draps bleus et devant chaque maison brûle un flambeau frappé aux armes de la ville. Onze évêques ou archevêques, ainsi que de nombreux abbés dont celui de Saint Denis officient. Philippe de Luxembourg, Cardinal du Mans préside les vigiles des morts et célèbre le lendemain la Grand Messe. Le corps est ensuite amené en la Basilique Saint Denis dont le luminaire est éclairé de quatre mille cierges.

Le lendemain la Duchesse Anne de Bretagne est descendue dans son caveau. A cet instant un roi d'armes de France crie par trois fois : « Silence ! Silence ! Silence ! »

Puis le roi d'armes des bretons s'exclame à haute voix : « La Reine très chrétienne et Duchesse notre souveraine, dame et maîtresse est morte ! La Reine est morte ! La Reine est morte »

tombeauanneAinsi furent célébrées les obsèques de celle dont l'emblème était l'hermine et la devise : « kentoc'h mervel eget em zaotra » soit "Plutôt la mort que la souillure"

C'est le 12 décembre 1862 que le conseil municipal de Rennes décide de nommer le boulevard qui relie la rue de Paris à la rue d'Antrain : Boulevard de la Duchesse Anne.

Philippe Klein