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Il s'en est passé des choses dans la vie d'Ariel depuis notre précédente rencontre.

Souvenons-nous, la jeune Lorientaise se battait contre un cancer du sein qu'elle exorcisait avec humour sur son blog dédié.

Les années ont passé, le cancer aussi et Ariel (nom d'emprunt pour Internet) est redevenue Maïlys même si on la connaît le plus souvent sous le nouveau pseudonyme de Bretonne, une jeune maman passionnée de sa région dont le combat est désormais de rendre visible la langue et la culture bretonnes sur les médias prisés par les jeunes générations que sont Youtube et Instagram.

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« Je n'ai pas envie de fermer le blog, je reçois encore des commentaires de gens qui lisent mes articles sur la chimio et tout ça. Mais j'ai un peu laissé tomber parce que c'est difficile de faire plusieurs choses en même temps et en ce moment je suis très active pour le breton ». En quelques phrases Maïlys a donné le ton. Nous sommes en 2022, la maladie est derrière elle, elle a eu un deuxième enfant, a déménagé sur l'île de Groix... bref, sa vie a changé. Et ses priorités aussi.

 

« Je n'ai jamais pris le temps de me reposer,

je voulais vivre vite »

 

Au tout début, la langue bretonne était plutôt l'affaire de sa fille, entrée en toute petite section à l'école Diwan en 2017, juste avant que Maïlys se découvre atteinte d'un cancer du sein. Et c'est parce qu'elle a envie de comprendre comment fonctionne l'école de sa fille et envie de pouvoir échanger avec elle en breton, qu'elle commence à s'intéresser à cette langue et cette culture qui lui étaient jusque là étrangères. Elle caresse alors le projet de devenir institutrice en langue bretonne.

Aujourd'hui, son projet a muri ; ses connaissances aussi. En 2018/2019, elle fait une formation de neuf mois pour apprendre la langue puis s'inscrit en licence 3 de breton à la fac de Rennes et suit se cours à distance tout en exerçant l'activité d'Atsem dans une école maternelle Diwan. C'est désormais, aux adultes qu'elle s'adresse sur l'île de Groix où elle finit par déménager. Encore aujourd'hui, Maïlys donne des cours aux adultes débutants mais poursuit son rêve de participer à l'ouverture d'une classe bilingue dans une école de son île.

mailys1Quand elle repense à sa maladie, elle dit : « j'ai l'impression que c'est arrivé à quelqu'un d'autre ; j'étais tellement pas dedans, je n'ai jamais pris le temps de me reposer, je voulais vivre vite ! » Pas sûr qu'elle se repose davantage dans sa nouvelle vie. Elle qui avait redécouvert avec son blog son goût pour l'écriture est maintenant une femme tournée vers l'image et le son. En octobre 2020, elle crée sa chaine Youtube pour donner de la visibilité à la langue bretonne et notamment au dialecte vannetais que l'on parle dans le Morbihan.

« Je voulais – dit-elle – dédramatiser l'apprentissage de cette langue difficile, donner des cours simples pour que les gens aient envie d'aller plus loin ». Elle peut aujourd'hui s'enorgueillir des près de 2000 personnes qui suivent régulièrement sa chaine. « C'est peut-être pas beaucoup, ça dépend à quoi on se compare – dit-elle dans un rire - mais ça fait son petit bonhomme de chemin et moi, je suis contente ! »

 

« Il n'y a pas que des vieux barbus

adeptes de fest-noz

qui parlent breton ! »

 

Chaque jour, c'est aussi par le biais d'Instagram que notre Bretonne poursuit son travail de modernisation de l'apprentissage du breton. Sur ce média « encore plus pour les jeunes » où pense-t-elle « tout est à créer » elle propose un nouveau mot quotidien toujours fidèle à sa façon « ludique et rigolote » d'enseigner. Ce qui n'exclut pas les propos engagés pour cette féministe qui profite de ses conseils de lecture aux plus petits pour aborder les règles ou autres sujets tabous. « Je veux donner une image plus jeune – assure-t-elle – et montrer qu'il n'y a pas que des vieux barbus adeptes de fest-noz qui parlent breton ! »

C'est aussi à la radio une fois par mois, que Maïlys milite activement pour la sauvegarde de cette culture qui lui est chère. Si chère qu'elle vient d'enregistrer un podcast pour l'application Duolingo, une méthode américaine pour apprendre les langues étrangères. Dans cet épisode, Maïlys a accepté de raconter son engagement pour la langue bretonne, convaincue de l'importance de montrer que la France est riche de ses nombreuses régions.

Et la militante ne désarme pas, profitant de l'occasion qui lui est offerte pour aborder un sujet qui lui tient à cœur : l'époque où parler breton fut interdit dans les écoles et « l'humiliation » subie par des familles où la communication entre les générations devenait impossible. On manque presque de souffle à l'entendre énumérer ainsi toutes ses activités auxquelles on doit encore ajouter la rédaction de son mémoire (en breton bien sûr) de Master 2.

En 2018 Ariel nous confiait son envie de se mettre au sport sitôt ses traitements terminés. « Je ne suis toujours pas sportive » avoue aujourd'hui Maïlys dans un rire. Quand trouverait-elle le temps dans des journées si remplies ? Et puis, depuis qu'elle habite sur l'île de Groix, elle se déplace en vélo. Ça compte, non ?

Geneviève ROY

Pour suivre en queques clics les actualités de Maïlys : Bretonne, la chaine Youtube le compte Instagram et la page facebook