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60% dans les écoles d'art, 20% à la direction de structures culturelles, 10% des artistes récompensées. Progressivement, les femmes, majoritaires à l'heure des études, deviennent minoritaires, voire quasiment invisibles dans le monde de l'art contemporain.

Des constats répétés et mis en lumière par des associations et des chercheur.es. Et qui parfois suscitent des envies de changer les choses pour plus d'égalité.

Grâce à Société Mouvante, « une instance citoyenne agissante », le FRAC – fonds régional d'art contemporain – de Bretagne a décidé de passer des constats aux actes ; après plusieurs mois de travail, les préconisations du groupe de réflexion commencent à prendre corps.

 

 

C'est un paradoxe qui commence à être connu : les femmes sont majoritaires dans les écoles d'art et sous représentées dans les lieux de culture comme les musées, les expositions ou les galeries de peinture. « Etre une femme joue défavorablement sur la réputation marchande des artistes y compris parmi les plus réputées » a ainsi constaté la sociologue Mathilde Provansal lors de sa conférence à Rennes à l'invitation des Mardis de l'Egalité le 5 octobre.

Quelques jours plus tôt, c'est le mouvement HF Bretagne qui pointait ces inégalités à l'occasion de la présentation de son dernier diagnostic sur la place des femmes dans l'art contemporain et le spectacle vivant en Bretagne. Sur les 479 œuvres qui constituent les collections permanentes du fonds communal de Rennes, acquises entre 1978 et 2019, 70% sont signées par des hommes révélait HF. Quant à la répartition des artistes exposé.es, sur 103 expositions collectives étudiées, seulement 36% des œuvres sont le résultat d'un travail de femmes.

 

« C'était assez excitant de se dire :

ça va vraiment faire évoluer quelque chose » 

 

Au FRAC Bretagne, la réflexion a débuté en 2019 avec l'arrivée d'un nouveau directeur, Etienne Bernard, soucieux d'évaluer dans les collections les œuvres des femmes et celles des hommes. A ses côtés, Alice Malinge, responsable du service des publics n'est pas vraiment étonnée du résultat qui montre un « déséquilibre très important ». Militante d'HF Bretagne, la jeune femme est convaincue de l'importance d'un travail sur cette question. Les volontés communes des deux professionnel.les trouvent rapidement une concrétisation dans la création de Société Mouvante.

AliceFRAC« Je suis féministe – témoigne Alice Malinge – et dans mon travail quotidien, la recherche de l'égalité est quelque chose que je m'applique et que je cherche à faire appliquer aussi. C'est pour moi une priorité ». Pour elle, donc, le partenaire idéal sera HF Bretagne qui accepte de l'accompagner sur l'animation d'un groupe de travail. Première étape : rassembler une quinzaine de personnes sensibles aux questions d'égalité sans en être des expertes.

Une majorité de femmes, une grande mixité d'âges allant des étudiantes aux retraité.es, des militant.es et d'autres qui ne le sont pas, des domaines d'activité aussi divers que l'art bien sûr, mais aussi l'enseignement, la communication ou encore le monde médical... le petit groupe commence son travail en pleine épidémie de covid et doit la plupart du temps se satisfaire de rencontres par visioconférences. Malgré tout, chacun.e reste motivé.e et Alice Malinge le confirme : « c'était assez excitant pour nous de se dire : ça va vraiment faire évoluer quelque chose ; il n'y avait rien d'abstrait ! »

 

« Pour que ça existe au-delà des personnes,

il faut que ce soit intégré aux règlements »

 

A la lecture du document édité par Société Mouvante à l'issue des six mois de travail, on se réjouit de voir que là encore on est bien dans le concret. « C'est comme ça qu'on peut avancer – analyse Alice Malinge – on peut avoir des paroles militantes, mais il faut que ça se traduise dans les programmes, l'accueil, la gestion de l'équipe au quotidien ». Les préconisations faites par le groupe à destination du FRAC balaient un champ assez large ; non seulement on y évoque l'écriture inclusive pour les outils de communication ou la nécessité de « dégenrer les services » et de former les personnels mais aussi, l'aménagement des toilettes notamment par la suppression des urinoirs et la conception d'une nouvelle signalétique inclusive « sans distinction ni assignation de genre ».

societemouvante1Du côté des acquisitions, Etienne Bernard s'était déjà engagé à mettre l'accent sur l'achat d’œuvres de femmes pour atteindre la parité. Ainsi si les collections du FRAC étaient constituées en 2019 à 79% d’œuvres d'hommes contre 18% d’œuvres de femmes, les acquisitions de 2020 ont entamé une correction avec 68% d’œuvres de femmes acquises contre 32% d’œuvres d'hommes. Les préconisations ne font que conforter ce travail déjà entrepris.

Mais qu'arrivera-t-il demain si les personnes motivées quittent le FRAC ?Le groupe Société Mouvante a aussi pensé à cela. « Pour que ça existe au-delà des personnes – explique Alice Malinge – on préconise que cette volonté d'égalité soit intégrée aux règlements du fonctionnement interne. »

Bonne nouvelle pour les jeunes femmes qui s'engagent aujourd'hui dans des carrières artistiques, l'égalité est et restera une priorité du FRAC Bretagne. La mise en œuvre suit son cours et sera évaluée dans un an. Société Mouvante, elle, va poursuivre son travail, avec d'autres perspectives et d'autres membres. Déjà Alice Malinge songe au groupe qu'elle va former avec un nouveau partenaire, le Secours Populaire, afin de se pencher sur la question de la mixité sociale et de l'accès à l'art contemporain pour tous et toutes.

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Retrouver le diagnostic HF Bretagne et revoir la conférence « De l'école au musée : les carrières sous tension des artistes femmes » de Mathilde Provansal