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C'est une histoire qui nous replonge dans le magnifique livre de Laetitia Colombani, la Tresse.

Il y a d'une part des personnes qui offrent leurs cheveux et d'autre part des personnes qui les reçoivent ; entre les deux, d'autres les auront transformés.

Toute une chaîne consciente de l'opportunité de recycler une matière que l'on trouve reléguée au rang de déchets et qui pourtant peut avoir bien des utilités.

Les cheffes d'orchestre de cette belle partition sont les femmes du Club Soroptimist de Rennes. En partenariat avec l'entreprise Triballat Noyal, elles viennent de réaliser leur première collecte de cheveux.

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Solenn Douard s'est laissé pousser les cheveux pendant un an. Le temps de mettre en œuvre une intiution née du témoignage d'une femme qui avait un jour fait un don de cheveux. Membre active du club Soroptimist de Rennes, Solenn est justement à la recherche d'une « action qui aurait du sens et pourrait mobiliser ». Au Club, les militantes rennaises ont l'habitude de monter des actions pour les droits des femmes mais aussi en faveur de l'environnement. Voilà un projet parfait pour faire coïncider leurs différentes aspirations.

Un double impact : social et environnemental

Interrogé, le coiffeur de Solenn lui confirme que certain.es professionnel.les de la coiffure participent à des collectes. La jeune femme qui travaille dans l'agroalimentaire et s'y entend en termes de filières et de recyclage creuse la question. Elle découvre l'existence d'une start-up nationale dotée d'une antenne rennaise, Capillum, qui fait le lien entre les donateurs.trices de poils et cheveux et les entreprises de transformation.

Entre temps, Solenn a découvert les nombreuses utilisations de cette matière pas comme les autres souvent considérée comme un déchet. « Le cheveu, c'est hyper résistant – explique-t-elle aujourd'hui – il supporte du poids, il est isolant et très absorbant. Depuis la nuit des temps, il est utilisé pour la fabrication de tentes, de tapis, et depuis moins longtemps en agriculture pour remplacer les paillages en plastique ou encore dans les opérations de dépollution des océans. » En Bretagne, en particulier, rappelle la jeune femme, des boudins de cheveux ont été employés pour absorber les hydrocarbures lors de marée noire comme celle de l'Amoco Cadiz.

Cheveu2Le Club Sorop s'engage donc avec enthousiasme dans le sillage de Solenn. La première intention est d'organiser une collecte pour faire « des perruques en cheveux naturels destinées aux femmes atteintes de cancers du sein ». Finalement, c'est une opération à double impact qu'elles envisagent, à la fois sociale et environnementale.

Le début d'une nouvelle économie ?

Solenn s'ouvre de son projet sur son lieu de travail et d'emblée ses collègues sont « très sensibles au sujet ». Au sein de l'entreprise Triballat Noyal, c'est désormais une trentaine de personnes, regroupées en un collectif, Tous de Mèches, qui soutient le projet. Dans le garage de Solenn commencent à s'entasser les sacs poubelles remplis de cheveux et poils de barbe. A partir de mèches de dix/quinze centimètres, on peut faire des perruques ; les cheveux les plus courts et les poils sont recyclés pour les autres usages.

Depuis le 15 novembre, Solenn a les cheveux courts. C'est à l'occasion de la journée organisée à Noyal qu'elle a pu faire le don de ses longues mèches. Ce jour-là le hall d'accueil de l'entreprise s'est transformé en salon de coiffure ; toute la journée des coiffeurs bénévoles se sont succédé derrière les deux fauteuils installés pour l'occasion et 183 personnes sont venues leur confier leurs têtes. A l'heure du bilan et de la remise de la collecte, on comptait pas moins de 67 m de cheveux qui permettront notamment la réalisation de 18 à 30 perruques. La plus jeune donatrice n'avait que quatre ans et la plus longue mèche coupée mesurait 50 cm.

Cheveu3Un bel exploit pour la petite équipe de Soroptimist Rennes qui se félicite des partenariats engagés à cette occasion notamment avec le Syndicat des Coiffeurs et l'association Fake Hair Don't Care. « Ça nous a donné une belle énergie – résume Solenn Douard – ça représente tout ce qu'on veut mettre en avant : être en réseau avec d'autres associations, faire des actions sur le territoire, nous mettre au service du développement durable. Notre opération qui est partie d'une toute petite idée s'est finalement concrétisée assez vite. On sent qu'on est au début de quelque chose, qu'il faut creuser cette économie circulaire autour du cheveu et ça nous donne envie d'aller plus loin ».

Plus loin ? Sans doute dans les mois qui viennent une nouvelle collecte à Rennes, de plus grande envergure cette fois, ouverte à un plus grand public. Et si on se laissait pousser les cheveux ?

Geneviève ROY

Pour soutenir les actions du Club Soroptimist de Rennes, on peut participer à la soirée annuelle cinéma proposée en faveur de l'ASFAD. Cette année, c'est le film Made In Bangladesh qui sera présenté au cinéma Gaumont le mardi 23 novembre à 19h. Les places sont en préventes (10€) en ligne sur Hello Asso.

Photos : Club Soroptimist Rennes