Octobre dernier à Rennes, la clinique de la Sagesse accueille pendant cinq jours une session de formation de Gynécologie Sans Frontières.

C'est l'occasion pour le docteur Claude Rosenthal, président de l'association, de revenir sur les fondamentaux de la gynécologie obstétrique humanitaire. « On ne forme pas les gens sur le plan professionnel, car ils et elles le sont déjà – explique-t-il – mais on adapte leur formation au terrain car les conditions de travail sont très différentes de ce qu'on connaît ici. »

burundi

Parmi les stagiaires, Arielle, gynécologue à Saint-Brieuc est déjà partie en mission mais attend de cette semaine d'échanges « des outils pour mieux [se] préparer » à un prochain départ.

 

 L'association Gynécologie Sans Frontières a fêté ses vingt ans en 2015. Pour en comprendre toute l'utilité, il suffit de quelques chiffres. Chaque année 300 000 femmes meurent dans le monde en donnant la vie, 20 millions ont des complications liées à leurs grossesses, 140 millions sont excisées... Le docteur Claude Rosenthal cite encore les mariages précoces et donc les grossesses précoces, le repassage des seins, les viols, les fistules. Autant de violences et d'inégalités qui donnent à GSF toute sa raison d'être. En France et dans le Monde, principalement en Afrique mais aussi en Haïti, GSF organise des missions d'urgence et des missions de développement. Pendant plus d'un an en Jordanie, à la frontière syrienne, les bénévoles de l'association ont procédé à 1600 accouchements. Dans la « jungle » de Calais, GSF a servi d'intermédiaires pendant un an entre les migrantes et les services hospitaliers locaux.

Pas à la place de, mais avec

GSF1GSF s'est donné deux objectifs : l'information, par des colloques annuels destinés à sensibiliser le corps médical, et la formation puis l'envoi en mission de bénévoles. « Il y a une nécessité d'adaptation pour les bénévoles – explique le président – pour qu'ils rentrent de mission humanitaire sans trop de casse. Si on n'est pas bien préparé on peut faire des erreurs. » GSF leur donne les moyens de s'adapter au travail localement mais aussi de former à leur tour les personnels des pays bénéficiaires afin de pérenniser l'aide apportée aux populations. « Nous n'allons pas faire à la place, mais avec – dit encore le docteur Rosenthal – il est important pour nous qu'il y ait une continuité ».

Partenaire de GSF, l'association Sages-Femmes Sans Frontières défend elle aussi des valeurs de transmission. « On peut apporter tout ce qu'on veut comme matériel ou comme médicaments – estime sa présidente Delphine Wolff – si on ne fait pas de formation, si on ne transmet pas le savoir, qu'est-ce qui va rester ? Pour réduire le taux de mortalité maternelle et infantile, il ne suffit pas d'aller faire les accouchements à la place des autres ! » Alors, elle aussi met en place des programmes d'éducation participatifs. « La première personne touchée au sein d'une famille c'est la femme – dit-elle encore – il faut protéger les femmes, les éduquer car elles sont souvent délaissées et démunies. » Avec SFSF elle contribue à « préserver les rites, les coutumes et les traditions autour de la naissance » mais aussi à « former du personnel local pour qu'il devienne autonome » après le départ des bénévoles.

Partir, mais se former d'abord !

Delphine Wolff a tenu à venir témoigner lors de la formation GSF de Rennes. « J'ai eu la chance de découvrir cette vocation à dix-huit ans et j'ai envie de donner à d'autres l'opportunité grâce à ces formations de s'impliquer aussi. S'ils ont envie de donner du temps pour les autres, moi, je trouve ça touchant ! »

GSF2Laurence, Arielle, Isabelle et Perrine ont justement cette envie de donner du temps pour les autres. Ce n'est sans doute pas un hasard si elles ont choisi des métiers de la santé : gynécologues, sages-femmes, infirmières. Elles font partie de la vingtaine de participant-e-s à la semaine de formation GSF. « On a au fond de nous une empathie, l'envie d'alléger les souffrances – témoigne Laurence, sage-femme en Haute-Savoie – Après vingt-cinq ans de pratique, j'ai envie d'utiliser mon expérience pour aller sur le terrain. Si je suis là, c'est qu'un jour je partirai, c'est sûr ! »

Toute jeune diplômée, Perrine est venue « pour voir » mais sait déjà qu'elle attendra un peu avant de partir alors qu'Isabelle, sage-femme à Vitré piaffe d'impatience en attendant sa première mission. Ce qui l'intéresse c'est la « philosophie de GSF, ne pas faire à la place mais faire ensemble » avec une priorité : la santé des femmes, des couples, des nouveaux-nés.

Arielle, elle, est déjà partie. Cette gynécologue de Saint-Brieuc est allée en mission au Bénin à deux reprises, « un peu parachutée ». Aujourd'hui, elle est en demande « d'outils » pour mieux se préparer à de prochaines missions peut-être à l'étranger mais pourquoi pas en France, auprès des populations migrantes.

Pour toutes ces femmes, cette semaine est l'occasion de faire « de belles rencontres ». « Monsieur Rosenthal et Monsieur Vialard [respectivement président et membre de GSF - nldr] sont des super personnes » s'enthousiasme Laurence tandis qu'Arielle se réjouit de s'entretenir « avec des hommes qui s'intéressent à la santé des femmes et qui sont presque plus féministes que beaucoup de femmes ; leur militantisme qu'on retrouve chez tous les formateurs est touchant et remarquable. » « On n'a plus qu'une envie – conclut Isabelle – c'est de partir ! » Pour la plus motivée du groupe, l'aventure devrait avoir lieu prochainement, début 2017, dans un camp de migrant-e-s quelque part en France.

Geneviève ROY

Photos
n°1 – Claude Rosenthal (à droite) au Burundi en compagnie de Marguerite Barankitsé – photo GSF
n°2 – Claude Rosenthal et Jean Vialard à Rennes
n°3 – Quatre des participant-e-s de la semaine de formation à Rennes, à gauche, Perrine, à droite Laurence et au centre les deux Bretonnes Isabelle Martel, sage-femme à Vitré et Arielle Renaud, gynécologue à Saint-Brieuc.

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On reste en contact

Grâce à cette rubrique, retournons à la rencontre de femmes qui à un moment de leur parcours ont déjà croisé notre webmagazine depuis sa création en juin 2013...

 

Martha et les "enfants ACZA"

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Depuis sa création, Breizh Femmes s'intéresse au travail de Martha Diomandé et de son association ACZA qui milite contre l'excision. Pour elle, s'opposer à l'excision, c'est d'abord accompagner les matrones – les exciseuses - vers d'autres pratiques qui permettent de respecter les traditions et d'assurer la formation des petites filles tout en se débarrassant de l'acte mutilant. C'est aussi proposer à ces femmes de rester des membres reconnues de leurs communautés.

Grâce à des campagnes de formation et à la construction de cases de naissance, ACZA est présente dans une quinzaine de villages en Côte d'Ivoire où commence à grandir une nouvelle génération d'enfants qui ne seront jamais excisées et de femmes épanouies dans leur mission d'accoucheuses.

« On ne force personne à venir accoucher dans nos cases – explique Martha Diomandé qui a répondu à quelques questions – mais les femmes qui viennent savent que leur enfant ne pourra pas être excisée. C'est un acte de courage pour elles de s'afficher ainsi. Leurs enfants appartiennent en quelque sorte à l'association. On les appelle les "enfants ACZA" ».

Lire l'interview de Martha Diomandé

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