Depuis des décennies on considère la naissance d'un bébé comme un acte médical. Pourtant, de plus en plus de voix se font entendre pour dire qu'il s'agit finalement d'un événement naturel qui doit être vécu comme tel. Au point qu'après de nombreux autres pays où elles existent depuis longtemps, la France se décide à envisager la création de « Maisons de naissance ». Une petite révolution dans les maternités qui permettrait à la fois de faire des économies, de rendre les couples plus acteurs de la naissance de leur enfant tout en assurant aux sages-femmes la reconnaissance qu'elles appellent de leurs vœux. A Rennes, un projet mûrit depuis dix ans. « On n'a jamais été aussi près de l'aboutissement » se réjouit Christiane David, sage-femme et porte-parole de l'association Maisoùnaiton.

 

Trois questions à Christiane David

 

Qu'est-ce qu'une maison de naissance ?

C'est un lieu sûr pour permettre aux couples d'être suivis de façon personnalisée tout au long du parcours d'accueil de leur bébé : durant la grossesse, l'accouchement et les suites à domicile.
Ca s'adresse essentiellement à des personnes en bonne santé ; ça ne remplace pas du tout la maternité, ça va être un complément, une autre offre d'accompagnement, une autre offre de soins pour les grossesses non pathologiques.
La maison de naissance est un établissement tenu par des sages-femmes puisque leurs compétences premières c'est d'accompagner les grossesses dans la mesure où elles restent dans la stricte physiologie y compris donc de dépister les patientes qui vont nécessiter des interventions techniques pointues en lien avec des médecins.
Les maisons de naissance existent depuis longtemps au Québec et dans de nombreux pays d'Europe (l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, la Belgique, la Hollande, la Suède, etc.) En France, on n'était pas encore ouvert à ce type de démarche. Depuis une cinquantaine d'années l'aspect très médical et technique qu'a pris cet événement qu'est la naissance d'un bébé, a eu des effets extrêmement positifs. La médecine, la technique et la science ont permis d'améliorer le suivi et bien évidemment le confort et la sécurité des mères et des bébés ; c'est d'ailleurs l'un des champs médicaux qui a le plus évolué sur les cinquante dernières années en France.
Mais actuellement, on arrive à un point où on sent que ce système a aussi ses limites et qu'il y a d'autres demandes. Y répondre est devenu un enjeu de santé publique qui permettrait à la fois de faire des économies et aussi de rendre les couples plus acteurs de la naissance de leur enfant. En maternité, ce sont nous, les professionnel-les qui savons ; en maison de naissance, comme à domicile, nous sommes partenaires des parents.
Aujourd'hui la demande n'est certes pas majoritaire mais elle augmente petit à petit. Actuellement, les femmes rencontrent plusieurs personnes tout au long de leur grossesse, et forcément, plus on multiplie les intervenants, plus les discours peuvent être différents ce qui n'est pas toujours rassurant. Des futurs parents n'envisagent pas de vivre cet événement-là en termes trop techniques. N'oublions pas qu'au départ, ce n'est pas une maladie ; s'il y a bien quelque chose de puissamment physiologique c'est la naissance d'un bébé !
La sécurité des mères et des bébés est bien évidemment garantie. Si le médecin n'intervient pas directement, la sage-femme sait comment accompagner et si le besoin se présente, la patiente est admise en maternité. Les deux offres sont complémentaires.

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A quand une maison de naissance en Bretagne ?

On ne sait pas encore mais un projet existe à Rennes et à ma connaissance, il n'en existe pas d'autre dans la Région. Notre association Maisoùnaiton regroupe depuis dix ans des parents et des sages-femmes, qui après tout ce temps, avec des hauts et des bas, se sentent toujours concernés. Pour les parents dont les enfants sont désormais grands, c'est devenu une forme de militantisme. Et puis, des jeunes mamans et de jeunes professionnelles sont entrées dans notre sillage.
Nous travaillons en partenariat avec la maternité de la Sagesse où les médecins gynécologues obstétriciens dans leur ensemble, mais aussi les anesthésistes et les pédiatres, sont favorables à cette démarche. Avec leurs réserves de médecins qui sont tout à fait légitimes et que nous comprenons fort bien étant nous-mêmes personnel médical. Ce n'est pas partout aussi simple ; ailleurs, des médecins obstétriciens gynécologues voient cette perspective des maisons de naissance d'un mauvais œil. Nous, nous mesurons que cette aventure a été superbe. Il a fallu tout ce temps-là mais ce n'est pas du temps perdu. Il fallait ce temps-là pour que justement dans les mentalités, dans les cultures, dans les relations on apprenne à se connaître et à prendre en compte les préoccupations de l'autre.
On n'a jamais été aussi près de l'aboutissement mais il faut différencier le projet rennais de ce qui se passe actuellement sur le plan national. L'expérimentation des maisons de naissance vient d'être votée par l'Assemblée nationale. Le texte de loi a été promulgué par monsieur Hollande autorisant les expérimentations. Maintenant, il va falloir qu'un décret de loi sorte, qu'un cahier des charges soit établi, que des projets puissent être expertisés pour rentrer dans le cadre de cette expérimentation, ça va nous mener à deux ou trois ans.
Nous, ça fait dix ans qu'on avance sur ce projet. On a choisi de voir les choses autrement pour aller plus vite, c'est-à-dire d'établir un partenariat avec une maternité afin de faire émerger en son sein
un projet du style maison de naissance ; ça ne pourra pas s'appeler maison de naissance dans la mesure où c'est une terminologie labellisée. Une maison de naissance se définit comme autonome, extérieure à toute structure d'un point de vue financier, juridique, assurantiel, etc. Ce ne sera pas tout à fait le cas, mais ça fonctionnera comme une maison de naissance. Nous serons plus près des expériences qui existent déjà en région parisienne.

La création des maisons de naissance plaide-t-elle en faveur d'une meilleure reconnaissance des sages-femmes ?

Oui, tout à fait ! C'est une forme de reconnaissance et c'est très encourageant dans le contexte des revendications actuelles. Même si la question de la reconnaissance doit être statutaire et derrière bien évidemment salariale. Les sages-femmes sont actuellement dans un mal-être profond dans les institutions avec un statut très bancal. J'ai des collègues qui souffrent dans leur travail bien qu'elles aiment ce métier et restent animées par ce bel élan vers les femmes et vers les familles. Le fonctionnement des sages-femmes en maison de naissance c'est strictement la définition des compétences et des responsabilités des sages-femmes ; il n'y a pas plus projet de sages-femmes qu'une maison de naissance !

Propos recueillis par Geneviève ROY

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