Elles sont invisibles dans leur métier et invisibles quand elles manifestent. Aujourd'hui, les sages-femmes veulent être vues et entendues. Personne n'en parle pourtant depuis plus d'une semaine, elles sont en grève. C'est vrai qu'elles ne sont que 20 000 en France (pour environ 800 000 naissances chaque année) et qu'il est difficile pour elles d'organiser un mouvement de grande ampleur. Entre le 16 et le 18 octobre, elles ont fait un sit-in devant le ministère de la Santé à Paris, depuis des actions se mettent en place en région.

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Quelles sont leurs revendications et comment ça se passe en Bretagne où de nombreux établissements de santé sont déjà concernés ?
Trois questions à Lénaïg Macé, sage-femme à Vitré, syndiquée à la  CFTC et représentante des organisations professionnelles des sages-femmes et étudiant-e-s sages-femmes (ONSSF, CNSF, CNEMa, Anesf, ANSFC, CFDT santé)

 

BF – Pourquoi cette action aujourd'hui et comment est-elle suivie en Bretagne ?

 

Lénaïg Macé – Nos revendications ne datent pas d'hier ; elles sont portées par beaucoup de sages-femmes depuis des années. Suite à une action de grande ampleur en 2001, nous avons été intégrées à la première année de médecine en commun avec les futurs médecins et futurs dentistes. Donc nos études sont passées de 4 à 5 années mais on est toujours reconnues comme bac + 3 au niveau des salaires alors que depuis douze ans nous sommes à bac + 5. Au printemps dernier, on nous a promis une commission de travail national pour le dernier trimestre 2013 et nous n'avons rien vu venir. La semaine dernière, suite à l'action nationale au ministère de la Santé, on nous a à nouveau promis un atelier pour le printemps 2014. Nous n'avons jamais de réponse concrète donc un ras le bol s'est installé ; ce mouvement risque de devenir de plus en plus dur et on espère qu'on va enfin être visibles. Nous ne sommes que 20 000 pour toute la France et même en grève une partie d'entre nous est assignée à son poste, c'est normal, donc il nous est difficile de faire des actions de grande ampleur. Si nous arrivons à être 4000 pour une manifestation nationale c'est déjà énorme mais pour les médias, ce n'est rien du tout ; nous avons très peu de poids.
En Bretagne actuellement, les choses se mettent en place. Nous avons une AG régionale jeudi soir (le 24 octobre) et nous allons faire le point sur les mobilisations mais déjà selon les établissements, il y a des endroits où l'on est entre 50 et 60% de personnel gréviste voire jusqu'à 100% à Vitré. Le service minimum est bien sûr assuré partout pour les naissances ; les consultations peuvent être réduites ou supprimées. Et puis, la grève concerne aussi tout le travail administratif qu'on nous demande.

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BF – Quelles sont exactement vos revendications ?

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Lénaïg Macé – Nous demandons plus de reconnaissance. Actuellement, nous avons le même statut que les professions para-médicales alors que le code de la santé publique définit notre métier comme une profession médicale. Nous souhaitons que nos compétences et nos responsabilités soient enfin reconnues. Pour la CPAM par exemple, on peut avoir l'impression qu'à l'hôpital les sages-femmes ne font rien car les cotations se font forcément dans la nomenclature des médecins ; du coup, les sages-femmes sont invisibles alors qu'elles font 80% des accouchements. On voudrait être reconnues comme praticiens de premier recours pour la santé des femmes puisqu'on est habilitées à faire le suivi gynécologique, le suivi de la grossesse et le suivi en post-natal également pour les mères et les bébés à moindre coût, au même tarif que les médecins généralistes - 23€ - donc moins cher qu'un spécialiste.

BF – Votre profession est essentiellement féminine et vous interpellez également la ministre des Droits des femmes, qu'attendez-vous d'elle ?

 

Lénaïg Macé – En effet, il y a encore très peu d'hommes dans ce métier peut-être à cause de la dénomination. Pourtant « sage-femme » ça veut dire « celui qui connaît la femme » donc, pourquoi pas des hommes ? Depuis que ça passe par la première année de médecine, nous avons un petit peu plus d'hommes mais nous sommes encore 98% de femmes en exercice. La France est le pays d'Europe où l'on pratique le plus d'IVG. On sait qu'actuellement les femmes n'ont pas suffisamment accès aux contraceptifs et notamment qu'elles peinent à trouver des professionnel-le-s qualifié-e-s pour les aider dans le choix d'une contraception qui leur convient. La plupart des femmes se tournent vers les gynécologues qui sont saturés alors qu'il existe un profil professionnel tout à fait habilité à prendre du temps avec une femme pour l'aider à choisir sa contraception, ce sont les sages-femmes. On interpelle également Madame Vallaud-Belkacem parce que la France est le dernier pays d'Europe pour le taux de morbidité périnatale. Il y a énormément de pays où pour une grossesse normale, une femme ne voit jamais un médecin, n'est suivie que par une sage-femme. C'est la santé des femmes qui est entre nos mains et on peut l'améliorer. Pour çà il faut que notre profession soit pleinement reconnue.

Propos recueillis par Geneviève ROY

 

 

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