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« L'égalité n'existe nulle part, dans aucun pays du monde ». C'est l'idée que Jocelyne Adriant-Mebtoul défend et qu'elle a exposée lors de son passage à Rennes en mars à l'occasion de la rencontre Femmes en Chemin.

Pour cette spécialiste des droits des femmes à l'international, même les pays en tête des classements sur l'égalité entre les femmes et les hommes perpétuent des inégalités.

Des outils peuvent permettre de contre-balancer ces situations, notamment la diplomatie féministe, dans un monde de moins en moins démocratique où les droits des femmes sont sans cesse menacés.

Jocelyne Adriant-Mebtoul est présidente de la commission « diplomatie féministe, enjeux internationaux et européens » du Haut-Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes. Elle est aussi membre du comité d'orientation d'ONU femmes France et présidente de l'association Femmes du Monde et Réciproquement avec laquelle entre autres choses, elle produit des podcasts sur des femmes engagées dans le monde.

C'est forte de ces multiples expertises qu'elle était voilà quelques semaines l'invitée de Femmes en Chemin. Et c'est avec elle que Breizh Femmes co-organise en partenariat avec la Maison de l'Europe de Haute Bretagne une conférence sur l'importance de l'Europe pour les droits des femmes en mai prochain à Rennes.

Extraits de son intervention du 21 mars dernier.

« La diplomatie féministe, ou politique extérieure féministe, est une manière d'appréhender la politique extérieure d'un pays en mettant la préoccupation de l'égalité entre les femmes et les hommes et les droits des femmes au cœur des actions. C'est assez récent ; c'est la Suède qui a créé ce concept en 2014 lorsque la ministre des Affaires Etrangères a estimé qu'il fallait en finir avec la subordination systématique mondiale des femmes. C'est une manière de ne pas oublier cette problématique de l'égalité dans toutes les actions et dans toutes les missions des différents états.
Aujourd'hui entre quinze et vingt pays, dont la France, disent s'être dotés d'une politique extérieure féministe à des degrés très variables, il n'y a pas d'unité, pas de concept consacré, chacun fait à sa façon. Je crois que ça peut être un vrai outil efficace, même quand ça peut paraitre des effets d'annonce je trouve que c'est très intéressant... les pays se sentent obligés après de mettre un peu de contenu derrière le concept ! Pour l'instant on est beaucoup sur l'aide au développement, c'est-à-dire les financements que chaque pays donne pour les pays en développement qui ont peut-être des sous-sols riches mais dont les populations sont pauvres.
(...)
Nos diplomates, hommes et femmes, ne considèrent pas forcément la spécificité des droits des femmes. Or, dans le monde, les femmes sont discriminées, ce n'est pas une vue de l'esprit, c'est une réalité, dans tous les domaines. L'égalité n'existe nulle part dans aucun pays au monde y compris dans ceux qui sont dans le peloton de tête, donc c'est important que des pays se préoccupent de cette question, parce qu'on sait très bien que la société irait mieux si les femmes étaient davantage à égalité dans tous les domaines. Une partie du dysfonctionnement sociétal vient des inégalités à cause desquelles on perd beaucoup en termes d'économie, en termes de paix, en termes d'industrie, mais aussi de culture, de sciences, etc.
(...)
Dans les dix pays les mieux classés du monde en termes d'égalité et de respect des droits des femmes on trouve les pays européens du Nord. Il y a un bloc sur le podium avec la Finlande, l'Islande, la Suède, le Danemark. En Suède, ils sont tellement imprégnés de la culture de l'égalité que ça fait presque partie de leur ADN maintenant ; pourtant il existe encore une petite inégalité salariale !
(...)
En France et de manière globale dans le monde, il n’y a pas assez de femmes qui participent aux instances de décision et de gouvernance. On a moins de 10 % de chef.fe.s d’états ou de gouvernements dans le monde qui sont des femmes. Huit ministres des Finances sur dix sont des hommes et au niveau des banques centrales, parmi les directeurs neuf sur dix sont des hommes.
De la même manière aux tables de négociations quand il y a des conflits moins d’un tiers des négociations prennent en compte la question du genre et des problématiques spécifiques des femmes c’est-à-dire qu’on en parle globalement comme d’un sujet sociétal mais on ne prend pas en compte la question spécifique des femmes, or dans les conflits, les premières victimes ce sont les femmes et les enfants (…) Aujourd’hui, il y a une configuration des conflits qui a complètement changé ; 90 % des victimes de guerre sont des civil.e.s.
(...)
Il y a un vrai recul des démocraties sur la planète ; on est à plus de 46 % de régimes autoritaires. Ce chiffre a triplé en trente ans ! Or, quand il y a un régime autoritaire, qu’il n’y a plus de démocratie, les droits humains en prennent un coup sérieux et dans les droits humains en premier les droits des femmes qui sont toujours la variable d’ajustement. »

Propos recueillis par Geneviève ROY

Pour aller plus loin : Conférence « Européennes » le 15 mai à 18h 30 à l'Espace Ouest-France à Rennes

Lire aussi notre article publié en septembre 2023 : On ne sort pas indemne du féminisme