Est-ce l'habitude de jouer collectif ? Leurs deux voix se répondent ; les mots de l'une prolongent l'idée de l'autre.

C'est sous leurs derby names que les deux joueuses du Roller Derby Rennes détaillent ce qui fait « l'esprit » de leur discipline et se réjouissent de ses valeurs qui s'enracinent dans l'histoire des droits des femmes.

 

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Elles préfèrent qu'on les appelle Angry Stitch (ou Stitch tout simplement) et Périné Atlantique (en hommage à la fois à sa maman sage-femme et à son département d'origine). Ce sont leurs derby names. Le ton est donné, le monde du derby s'ouvre sur un univers inattendu.

« Sur la piste, on a des noms particuliers – explique Stitch – ça fait partie de l'univers du roller. C'est ce qu'on appelle l'esprit derby et on essaie d'y associer des valeurs. » Tout est dit ; on ne parlera pas que de sport avec ces deux-là ! Mais aussi de maquillage, ou plutôt de « peintures de guerre », et de façon de s'habiller pour les matches. « Beaucoup de joueuses se maquillent – décrivent les deux derby girls – ce sont des sortes de peintures de guerre, des traits sur les joues, etc. Et les tenues sont différentes pour chaque joueuse. »

D'où viennent ces particularités ? D'Amérique, bien sûr ! « Là-bas – dit l'une – il y a une énorme culture du spectacle » tandis que l'autre propose un petit retour en arrière. « Le roller derby a été créé aux Etats-Unis dans les années 1920 et ce sont les Riot Grrls qui se le sont réapproprié dans les années 2000. Il est empreint de toute cette culture féministe punk rock ! »

Un univers un peu décalé

Si l'on commence à voir apparaître des équipes masculines, le roller derby est d'abord un sport exclusivement féminin. A Rennes, l'équipe des garçons s'appelle les Bonhommes (on ne peut pas se tromper) et quelquefois elle se mélange aux filles pour former une équipe mixte : la Royale Mandale. Oui, les noms des équipes aussi sont évocateurs ! Du côté des filles, on s'appelle les Déferlantes ou les Vilaines ; tout un programme.

roller1Le roller derby, on s'en doute, se pratique sur des roulettes. Mais, les filles tiennent à le préciser, des « patins à roulettes à l'ancienne, avec deux roues devant, deux roues derrière et un frein » ; pas de balle ni de palet, on se déplace avec rapidité et agilité sur une piste ovale aussi bien dans un gymnase qu'en plein air.

Toutes les compétences sont utiles et tous les gabarits sont les bienvenus ; « on a besoin de tout le monde » dit Stitch qui précise : « on ne fait pas ça que pour le spectacle c'est d'abord un sport avec l'idée du dépassement de soi, de la stratégie d'équipe. On veut gagner des matches et des championnats mais on a envie de garder un univers un peu décalé et on veut aussi se marrer ! »

Voilà quelques semaines, les 25 et 26 février dernier en championnat de France, quand les Déferlantes ont affronté les Divines Machines de Nantes pour conserver leur place en Nationale 1, ce n'était en effet ni du spectacle ni un jeu, mais bien une compétition. Et les Rennaises en sont très fières.

Féministes ou pas, de toute façon ça fait partie du sport

A Rennes, aujourd'hui, on peut pratiquer le roller derby dès l'âge de 16 ans et les joueuses du RDR ont « entre 18 et 40 et quelques années ». Deux équipes existent et bientôt, les filles devraient être assez nombreuses pour en créer une troisième. Ce qu'elles aimeraient aussi, c'est pouvoir former des jeunes. « On a envie de créer une ligue junior, on a les personnes motivées pour entraîner les enfants, on a des demandes de parents qui veulent inscrire leurs filles ; ce qui nous manque c'est des créneaux supplémentaires dans des salles. » Un refrain entendu au détour des autres rencontres avec des sportives de différentes disciplines : pour préparer des plus jeunes, il faut des moyens qui ne doivent pas pénaliser les équipes adultes.

roller3Pourtant, Stitch et les autres ne s'épargnent guère pour la bonne marche du club. « Je ne compte plus mes heures – dit la jeune femme dans un rire - C'est une asso Do It Yourself ; ça veut dire : pour les joueuses et par les joueuses. Ça ne peut pas tourner si les filles ne participent pas au fonctionnement en fonction du temps qu'elles ont à donner. On se répartit les tâches pour organiser les matches, faire la communication, etc. »

Un militantisme qui rejoint pour nombre d'entre elles d'autres engagements. « Certaines ne viennent que pour le sport – dit Périné Atlantique – mais beaucoup ont aussi une réelle revendication féministe. En tout cas, dans l'image que l'on veut donner de notre association, on essaie de faire en sorte que ce soit toujours dans le respect des droits des femmes et des personnes LGBT. » Et Stitch d'ajouter : « que les filles soient féministes ou pas, de toute façon cette chose-là fait partie de l'esprit du sport » !

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

une exposition photos jusqu'au 31 mars à la Maison des Associations : « Roller derby, par les joueuses, pour les joueuses » de Yann Lévy et Pierre David

Les prochains matches à Rennes :

dimanche 19 mars à 11h : Les Déferlantes (Roller Derby Rennes) vs Les Encastreuses (Lutèce de Paris), à 13h30 : Les Bonhommes (Men's Derby Rennes) vs Panam Squad (Paris) et à 16h : Les Vilaines (Roller Derby Rennes) vs Les p'tites frappes (Lutèce de Paris) - Entrée 5€ gratuite pour les moins de 12 ans accompagnés d'un adulte.

 

 

 

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