« Ici, on peut se cacher » « J'aime bien quelqu'un qui dit bonjour le matin » « J'ai pas envie de partir ». « Les arbres me font penser à l'Asfad car c'est comme une grande famille »...

Les mots des enfants accueillis avec leurs mamans rappellent sur les panneaux d'une exposition que les missions de l'Asfad sont d'abord faites de relations humaines.

Les 40 ans écoulés, célébrés en ce 28 septembre à Rennes, montrent que l'urgence des années 80 n'a rien perdu de son acuité.

S'il leur a fallu s'adapter à de nouvelles réalités pour poursuivre des accompagnements ajustés aux victimes de violences conjugales et intrafamiliales, les professionnel.le.s et les bénévoles de l'association attendent aussi les moyens nécessaires qui tardent à se concrétiser.

 

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Avant l'Asfad, créée en 1983, la structure s'appelait l'association des femmes cheffes de familles et portait assistance à des femmes seules ou isolées, veuves, divorcées, obligées de fuir le domicile conjugal. Les rennais la connaissaient sous le nom de Brocéliande.

C'est toujours rue de Lorient que l'Asfad poursuit sa mission quatre décennies plus tard même si les lieux d'accueil se sont diversifiés et s'étendent aujourd'hui dans d'autres quartiers de Rennes : des appartements à Patton, un centre parental à Maurepas, une crèche à Beauregard... A l'accueil des femmes avec ou sans enfants, on a aussi ajouté des missions de protection de l'enfance : accueil de mineur.e.s isolé.e.s, visites médiatisées, sans oublier l'insertion qui permet à des femmes éloignées de l'emploi de revenir vers le monde du travail.

« Ça dessine une géographie de plus en plus multiples » résume Françoise Bagnaud, une des administratrices, qui souligne que les femmes sont prises en compte « en tant que femmes, en tant que mères, en tant que citoyennes, c'est-à-dire en tant que personnes à part entière ». Et les professionnel.le.s chargé.e.s de les accompagner sont aussi multiples et leurs domaines variés : travail social, droit, santé physique et psychique...

Sans prévention, on se contente de « soigner les conséquences »

Pas étonnant donc, si l'Asfad s'inquiète des réductions de moyens qui sont déjà notablement insuffisants. Quelques jours avant son anniversaire, l'association lançait une campagne d'alerte suite aux annonces de « plafonnement des nuitées hôtelières financées par l'Etat ». « Cette décision va impacter directement les populations les plus précaires notamment les femmes victimes de violences » redoute Françoise Bagnaud qui ajoute : « on va droit vers des situations qui peuvent aboutir à des féminicides ! »

Comment comprendre de telles mesures quand la cause des femmes victimes a été rendu prioritaire par le gouvernement depuis déjà plusieurs années avec notamment le Grenelle des Violences Conjugales en 2019 ? « Les besoins sont énormes et la mise en lumière de ce sujet a suscité beaucoup d'attente et d'espoir de la part des femmes. Ne les décevons pas. Ne les laissons pas seules face aux violences qu'elles subissent » rappelle le communiqué de l'Asfad.

«  Le niveau des violences faites aux femmes continue à augmenter et pour l'instant il n'y a toujours pas de réponses à la hauteur de l'enjeu. Les places qui sont créées le sont au compte-gouttes – s'indigne Françoise Bagnaud – même si on sait que l'argent ne tombe pas du ciel, il y a un manque criant de moyens mais aussi de volontés de faire de la prévention notamment en milieu scolaire ».

Pour elle, la question de la violence est aussi « une question d'éducation, de représentations de l'autre et de ce qu'est l'égalité. » Sans campagne de prévention, estime-t-elle, les professionnel.le.s ne peuvent que « soigner les conséquences » mais le problème n'est toujours pas pris à la racine.

Une Maison des Femmes bientôt à Rennes

Localement, les solutions se cherchent. En partenariat avec le CHU et la ville de Rennes, l'Asfad contribue à la mise en place d'une Maison des Femmes, rattachée à l'hôpital sud. Ce lieu unique d'accueil et d'écoute permettra à terme aux femmes de pouvoir regrouper toutes leurs démarches. Les services ouvrent progressivement et prochainement la Maison Gisèle Halimi offrira des consultations médicales mais aussi la possibilité de déposer une plainte, de recevoir des conseils juridiques, de rencontrer des professionnel.le.s. « C'est la culture sanitaire et la culture sociale qui se rencontrent et pour que ça se tricote bien, il faut du temps » dit encore Françoise Bagnaud.

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Depuis quarante ans, l'Asfad a dû se réinventer pour répondre au mieux aux besoins des personnes accueillies. De plus en plus de troubles psychiques et d'addictions ont nécessité des formations adaptées pour les personnels. La précarité et la fracture numérique sont également à prendre en compte. Pour chaque personne il faut trouver le bon chemin et la temporalité adaptée. « Si on ne laisse pas le temps aux personnes, quoiqu'on fasse, ça ne marchera pas » défend Françoise Bagnaud qui relève les nombreuses difficultés de ce public particulier souvent fragilisé par l'angoisse et la peur.

« Ici, on protège les femmes et les enfants ». Une photo des bâtiments de la route de Lorient, un texte écrit par l'enfant d'une femme mise à l'abri par l'Asfad. Les plus belles idées se passent de discours. Pour que les familles soient encore mieux accueillies, un projet de grande ampleur est à l'étude pour réaménager l'ensemble des bâtiments qui font face au Roazhon Park et ouvrir davantage la vie - les vies - qui se déroule(nt) ici sur le quartier alentour. Pour que d'autres femmes, à l'image de celles qui témoignent à l'occasion des 40 ans, puissent un jour écrire : « l'Asfad m'a fait sortir des ténèbres » !

Geneviève ROY