Depuis le 21 mars, la ville de Rennes organise ses états généraux de l'égalité. Des temps d'expression, de formations, différents ateliers vont se succéder pour aboutir les 25 et 26 juin au temps fort destiné à clore l'événement.

Le projet prévoit que les citoyen.nes puissent « faire entendre la réalité des discriminations vécues », de situations « trop souvent réduites au silence, à la banalisation, au déni » pour mieux « nourrir un plan de lutte » collectif.

Une « invitation à construire les réponses, améliorer les accompagnements, enrichir les ressources pour mieux prévenir les discriminations ». Dans les résultats de l'enquête réalisée en amont et présentée lors du lancement des états généraux, nous avons voulu retenir quelques chiffres mais surtout des paroles, témoignages d'un quotidien de souffrances.

etatsgeneraux

 

Si c'est l'angle du racisme qui avait été choisi pour ouvrir les états généraux de l'égalité le 21 mars, journée internationale de lutte contre les discriminations raciales, les ressentis exprimés par les participant.es à l'enquête parlent de sexisme, de racisme ou encore de validisme mais aussi des inégalités vécues par les personnes LGBT, les gens du voyage ou celles et ceux vivant dans la précarité sociale. Autant d'items mis en avant dans l'enquête commandée par Rennes Métropole et réalisée d'avril à mai 2019 auprès de plus de 2300 personnes. Si les inégalités liées au sexe semblent prédominantes dans ces résultats c'est en partie à cause d''une surreprésentation de femmes (71%) et nous dit-on parce qu'elles sont aussi « mieux socialisées aux témoignages, aux récits, à la question de l'intime »

 

« Quand on est étrangère et asiatique,

on travaille et on se tait »

 

Parmi les réponses recueillies, 74% des personnes disent avoir subi, au cours des douze mois précédents, ce qu'elles ont ressenti comme étant des discriminations : injures, regards insistants, gestes déplacés, violences physiques ou sexuelles, menaces, harcèlement... 20% estiment que ces discriminations étaient liées à leur sexe, 13% à leurs origines réelles ou supposées et 13% à leur apparence. Les femmes, on le sait, sont plus fréquemment victimes dans l'espace public comme dans le monde du travail.

C'est Véronique qui dit « quand tu travailles avec des hommes dans le bâtiment il faut toujours montrer que tu te laisses pas faire sinon les hommes, ils te piétinent vite fait ; ils en profitent ! » C'est aussi Junko, jeune japonaise dont les différents emplois occupés pendant ses études lui ont permis de rencontrer « des employeurs peu scrupuleux pour qui quand on est étrangère et asiatique on travaille et on se tait ».

Outre les origines, l'âge est aussi un facteur aggravant quand on est femme. Trop jeune on est la proie des harceleurs ; plus vieille, on devient inutiles notamment dans le monde de l'emploi. L'une déclare « quand on est jeune on nous prend pour des personnes moins sérieuses que les autres » quand l'autre affirme « avec mon âge on m'a clairement fait comprendre que je n'avais plus ma place dans l’entreprise ».

 

« Ce n'était pas si grave ;

j'ai préféré en rire »

 

Une discrimination souvent peut en cacher une autre. L'enquête le montre assez clairement, s'agissant notamment des femmes. « Mère célibataire, handicapée, pauvre, le CDAS m'a conseillé de prendre des cours particuliers niveau brevet des collèges pour avoir plus de possibilités d'emploi » raconte cette jeune femme titulaire d'un DEA de philosophie. Quant à cette autre qui souhaite emprunter pour l'achat d'un logement, on lui fait comprendre qu'elle doit rester locataire : « vous avez 50 ans, vous vivez seule avec deux enfants et n'avez pas refait votre vie, deux salaires auraient été préférables ».

Que produisent ces violences ? Comment en parler et être écouté.e ? Comment vivre avec ? Destinée à connaître le ressenti des rennais.e.s, l'enquête a aussi voulu savoir ce que chacun.e faisait face aux discriminations. Entre peur et résistance, différentes réactions ont été identifiées : le refoulement, la mise en place de stratégies d'évitement préventives, l'abattement qui peut conduire au repli sur soi, la révolte qui peut conduire au militantisme. On change ses habitudes dans l'espace public (16% des victimes) - « j'ai quitté ma vie » « j'ai changé d'école » - on se sent moins libre (12%) et on perd confiance en soi (18%) - « j'ai eu du mal à retourner sur les lieux » - ou on refoule ses émotions - « ce n'était pas si grave » « j'ai préféré en rire » - mais aussi on se sent motivé.e pour connaître ses droits et se défendre (14%) - « j'ai porté plainte » - « j'ai demandé une réunion avec mon DRH ».

Les rendez-vous proposés par les états généraux de l'égalité entre mars et juin 2022 ont pour objectif de recueillir la parole, de nommer, de qualifier les ressentis des victimes (espaces d'expression), de recenser les « initiatives inspirantes » déjà à l’œuvre et d'en construire d'autres (café égalité), de se former. Par le truchement de la Fabrique Citoyenne, chacun.e est invité.e à se mobiliser pour selon les mots de Nathalie Appéré, maire de Rennes, « construire ensemble une culture de l'égalité à la rennaise ».

Geneviève ROY

Pour en savoir plus : le site de la Fabrique Citoyenne propose tout le programme des états généraux

 

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Contribution

DSCN8131Emily Busby est une jeune Américaine de l'école SYA de Rennes.

Pour sa fin de scolarité elle devait rendre un travail en français et a choisi de rencontrer des femmes créatrices d'entreprises.

Breizh Femmes a accepté de publier son article.


Retrouver Les femmes extraordinaires d'Emily : ici !