A Rennes, l'association We Ker est née en 2018 de la fusion de la Mission Locale et de la Maison de l'Emploi du Bassin Rennais. En son sein, Maude Lachuer est chargée de mission mixité depuis 2020.

A ce titre, elle coordonne chaque année en décembre la Semaine de la Mixité mais propose également divers ateliers et des temps de sensibilisation à destination du grand public et/ou des professionnel.les tout au long de l'année.

Pour elle, « la mixité est un sujet transversal ». Et même si les chiffres montrent de réelles évolutions, les stéréotypes dans les choix de métiers comme dans la création d'entreprises ont encore la vie dure et un vrai travail reste à mener. Le mois de mars et les différents rendez-vous programmés autour des droits des femmes, semble une excellente occasion pour remettre en lumière cette question.

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Breizh Femmes – We Ker a souhaité participer à la programmation de Rennes Métropole autour des droits des femmes en ce mois de mars, pourquoi est-ce important pour vous ?

Maude Lachuer – Parce que la mixité professionnelle est un sujet toujours d'actualité et qui va le rester encore longtemps je pense. Même si beaucoup de choses tendent à s'améliorer, il reste encore du travail à mener et c'est en profitant de la visibilité offerte par cette programmation qu'on peut faire bouger les lignes.

BF – Vous dites qu'il y a des choses qui s'améliorent, où trouve-t-on plus de femmes qu'avant ?

Maude Lachuer – Les chiffres restent réduits mais dans le bâtiment par exemple, on est à 12% de femmes, c'est mieux même si ce n'est pas beaucoup. Dans le secteur du numérique, on frôle les 30% de femmes même s'il faut corriger ces chiffres en précisant qu'il y a une segmentation ; les femmes sont encore peu présentes dans les métiers techniques comme la programmation, on les retrouve plutôt dans la communication ou le webmarketing. Dans le transport, c'est pareil ; elles sont là mais elles restent moins visibles dans le transport routier que dans le transport sanitaire.

BF – Il n'existe plus aucun secteur d'activités qui ne soit pas mixte aujourd'hui ?

Maude Lachuer – Je ne crois pas en effet qu'il reste aujourd'hui un seul métier strictement masculin, dans son accès en tout cas. Mais pour parler de mixité il faut compter entre 40 et 60% de l'autre genre. On sait que quand on est en-deça des 30% ça n'a pratiquement aucun impact. En Bretagne, par exemple, les chiffres de 2020 nous disent que près de 20% des métiers sont mixtes mais ça veut aussi dire que plus de 80% ne le sont pas. Il est encore utile de montrer des hommes et des femmes là où traditionnellement on voyait plutôt l'un ou l'autre genre fortement représenté. Et montrer des rôles inspirants, des deux côtés, c'est-à-dire aussi des hommes dans des métiers traditionnellement féminins, comme les métiers du care ou de la petite enfance. Quand on organise des événements comme la Semaine de la Mixité, par exemple, on y voit essentiellement des femmes car dans l'imaginaire collectif, parler de mixité c'est s'adresser aux femmes. Et créer des temps spécifiques pour les hommes reste compliqué. On valorise énormément les métiers dits masculins pour attirer les femmes, il faudrait aussi valoriser les métiers dits féminins pour toucher les hommes.

BF – Quand on parle d'inégalités professionnelles, la première chose à laquelle on pense c'est bien sûr le salaire. Ça reste un problème féminin de ne pas savoir négocier sa rémunération ?

Maude Lachuer – Est-ce que c'est une question de « savoir » ou plutôt de ne pas se sentir légitime ? On entend de plus en plus parler du syndrôme de l'imposteur ; on devrait plutôt dire de l'impostrice puisqu'il est majoritairement porté par les femmes qui sont encore très fortement marquées par le manque de confiance en soi. Beaucoup de femmes qui participent à nos ateliers partagent cette difficulté à se valoriser, à parler d'elles et de leurs compétences. Elles disent que négocier leur donne l'impression de « devoir se vendre ». Prendre la parole, parler de son parcours, de ce que l'on fait et de comment on le fait bien, c'est difficile mais c'est une compétence qui se travaille, qui se développe. Parce qu'elles sont trop souvent centrées sur ce qu'elles ne savent pas faire et que les chiffres nous montrent qu'aujourd'hui encore les femmes sont payées à peu près 16% de moins que les hommes à fonctions égales, nous proposons des ateliers de négotraining pour leur donner des outils. Notre dernier atelier proposé le 8 mars a réuni une dizaine de participantes. Au début de la matinée, elles exprimaient toutes un sentiment de stress à l'idée de devoir négocier leur rémunération ; après trois heures d'atelier, elles se disaient plus à l'aise, plus confiantes. Dans six mois, elles seront à nouveau interrogées pour savoir comment elles ont pu mettre en œuvre ce travail.

BF – Ce même 8 mars, We Ker proposait également un atelier sur la création d'entreprise ; c'est aussi un lieu d'inégalités entre les femmes et les hommes ?

Maude Lachuer – Avec mes collègues en charge de l'accompagnement de femmes en création d'entreprises, on a proposé un mardi de la Créa en effet à cinq femmes qui sont soit en création soit en réflexion sur la création d'une entreprise. Là encore, les questions abordées tournent autour de la posture en tant que femme et le besoin de se réaffirmer. Créer sa propre entreprise c'est oser passer un cap et l'accès à l'entrepreneuriat reste inégalitaire. En ce qui concerne les financements, par exemple, dans les fonds demandés ou les fonds perçus, on note des écarts importants selon que le projet est porté par une femme ou par un homme. Les projets des femmes sont plus souvent de la micro-activité ou se cantonnent à certains secteurs comme le soin ou le bien-être. Il y a une segmentation très correlée aux stéréotypes féminins et masculins. Notre objectif est de leur dire : vous pouvez comme les hommes vous lancer dans l'entrepreneuriat.

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BF – Enfin, vous aviez un troisième rendez-vous plutôt à destination d'un jeune public. Sous quelle forme s'est-il déroulé ?

Maude Lachuer – Dans ma mission, je travaille aussi avec des jeunes de 16 à 25 ans, sortis du système scolaire et accompagnés par des structures d'insertion et de formation notamment. A l'occasion du Prix Jeunesse de l'Observatoire des Inégalités qui est proposé chaque année et dont le thème 2022 était « Ah, si j'étais président.e », j'ai pu accompagner un groupe de jeunes dans la réalisation d'une vidéo sur leur vision d'une société plus égalitaire. C'est en partant de cette vidéo que nous avons proposé à une vingtaine de garçons et de filles de réfléchir. Avec la méthode notamment du théâtre forum et de plusieurs saynètes jouées sur la thématique du sexisme ordinaire dans la rue, dans le couple ou dans le monde professionnel, ils et elles ont pu à la fois s'identifier et reconnaître des situations qui les ont fait rire mais surtout débattre en tant que citoyen.nes. Ce fut un moment fort où ils et elles se sont un peu provoqué.es mais en sachant respecter le point de vue de l'autre. Et si certaines choses font rigoler c'est aussi parce qu'elles dérangent !

Propos recueillis par Geneviève ROY

Pour aller plus loin : un prochain atelier de Négotraining sera proposé par We Ker à l'Exploratoire de Rennes le 29 juin

photo : lors de l'atelier « Ah, si j'étais président.e » du 22 mars 2022 – photo We Ker

 

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Contribution

DSCN8131Emily Busby est une jeune Américaine de l'école SYA de Rennes.

Pour sa fin de scolarité elle devait rendre un travail en français et a choisi de rencontrer des femmes créatrices d'entreprises.

Breizh Femmes a accepté de publier son article.


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