
« Le territoire, les villes, les villages ; des fois je dis en rigolant que c'est mon côté JT de 13 heures sur TF1 » s'amuse Mathilde Verron. L'ex-journaliste télé, en revenant dans l'Ouest, a jeté l'ancre dans les Côtes d'Armor.
Depuis, elle se consacre aux questions d'égalité et vient de lancer un podcast qui allie la découverte du territoire et celle de parcours de femmes bien dans leur département.
Avec Ancrées, elle propose des « balades sonores » à contre-courant du trop plein d'images dont déborde notre société au quotidien.
Son ancrage à elle se situe en Loire-Atlantique et en Vendée. Un petit village au sud de Nantes pour la naissance, l'île de Noirmoutier pour les origines de sa famille. Et pour son cœur. « C'est l'endroit que je trouve le plus joli, le coin le plus breton de Vendée – estime-t-elle – Je suis très attachée au littoral de façon générale. J'habite juste à côté de la mer et je passe rarement une journée sans aller m'y balader ».
Un souffle bienvenu pour cette Parisienne malgré elle qui a débuté sa carrière de journaliste, dès sa sortie de formation à l'école de Lille, dans les studios de TF1. « Pour moi, vivre en ville c'est déjà compliqué, alors à Paris, vous imaginez ! » Un peu trop loin de la mer, en effet. Au bout de quatre longues années et à peine son CDI signé, elle décide donc de changer de vie. Direction : « le grand Ouest ». Pas de destination privilégiée, c'est un peu le hasard - ou le destin – qui la conduite dans les Côtes d'Armor où elle s'épanouit désormais.
Un « indicateur géographique » et la couleur d'une lutte
Si Mathilde Verron pouvait passer sa vie à étudier, c'est sûrement le choix qu'elle ferait. A son arrivée en Bretagne, elle entame donc un nouveau parcours d'études ; après le journalisme et les sciences politiques, ce sera des études sur le genre. Un sujet qui la passionne. Ne s'est-elle pas battue pour imposer des femmes à la télévision !
« J'embêtais régulièrement mes collègues – raconte-t-elle – j'avais un répertoire plein de noms de femmes expertes, j'essayais toujours de trouver de nouvelles personnes. C'était un défi intéressant même si ça prenait plus de temps pour les convaincre, les mettre à l'aise, etc ». Au besoin, elle leur propose même des média-training pour les habituer à s'exprimer face caméra.
Son Master 2 sur le genre lui permet de se spécialiser d'un point de vue théorique, d'engranger des connaissances juridiques ou sociologiques, mais aussi dit-elle d'avoir « une vision du tissu associatif et institutionnel autour des droits des femmes en Bretagne ». Lorsqu'elle rencontre Avant Première, une coopérative d'activités et d'emploi à Saint-Brieuc, elle décide de se lancer et crée l'Ancre Violette. L'ancre parce que c'est pour elle un symbole qui parle de Bretagne et de littoral, « un indicateur géographique » ; la couleur violette parce que c'est celle des luttes féministes.
Ancrées : un « pas de côté »
Au cœur des questions d'égalité, l'Ancre Violette réalise principalement des contenus audio et vidéo destinés à valoriser des femmes de Bretagne. Mathilde Verron travaille sur des documentaires pour des associations ou des collectivités locales, mais également prête ses talents à des cheffes d'entreprises indépendantes qui souhaitent mettre en lumière leurs projets. Entre galerie d'art et groupe de parole sur les violences conjugales, les sujets sont variés.
Depuis quelques mois, la réalisatrice a choisi de faire « un pas de côté ». Pas de commande, pour ce nouvel exercice ; elle réalise pour elle-même, titillée par les nombreuses questions qu'on lui posait sur son « émission ». Ancrées est un format podcast, diffusé chaque mois, qui combine la découverte d'une femme des Côtes d'Armor et la découverte d'un territoire que Mathilde Verron apprend à apprivoiser.
« Je suis heureuse de découvrir ce territoire et j'ai envie de le partager. Pour chaque épisode, je choisis l'invitée mais c'est elle qui décide de l'endroit où sera tourné le reportage. » La première partie dans un lieu extérieur auquel l'invitée est attachée ; la deuxième partie en intérieur, de façon plus intime.
Avec l'humoriste et comédienne briochine Marine Baousson, l'invitée du mois de septembre, Mathilde Verron a découvert le sentier des oiseaux, près du port du Légué. Avec Christelle Ouléa, artisane glacière à Lamballe, l'invitée du mois d'octobre, elle s'est baladée sur la plage de la Comtesse à Saint-Quay Portrieux.
Un programme à écouter les yeux fermés
« L'idée n'est pas de faire leur portrait, de raconter leur parcours, ce que d'autres ont déjà fait car elles ont toutes une certaine visibilité dans leur domaine – explique la réalisatrice – ce qui m'intéresse c'est le regard qu'elles portent sur le territoire, les souvenirs qu'elles ont dans cet endroit, les raisons pour lesquelles elles le choisissent ».
Six rencontres sont prévues jusqu'au printemps 2027. Une première saison 100% Côtes d'Armor, avant peut-être d'autres saisons consacrées aux autres départements bretons.
En tant qu'auditrice elle-même, Mathilde Verron se dit sensible aux ambiances, au côté immersif d'un programme audio. Dans cette région dont chacun.e a en mémoire nombre d'images, « de clichés magnifiques des lieux emblématiques », elle préfère jouer la carte du son, « un peu – dit-elle – comme une balade sonore ». Un programme à écouter les yeux fermés.
« On est dans des lieux extérieurs, naturels, c'est ce qui me berce au quotidien, le bruit de la mer, celui du vent dans les arbres... partager tout ça me plaît beaucoup ! » Une façon aussi d'amener celles et ceux qui ne connaissent pas les paysages costarmoricains à avoir envie de les découvrir !
Geneviève ROY
Pour aller plus loin : découvrir les réalisations de l'Ancre Violette et suivre le podcast Ancrées, les Bretonnes et leurs ancrages



