logoXXellesJulie, Camille, Laurine et quelques autres disent y revenir « comme à la maison ».

Avec les ateliers proposés aux adolescentes de Langonnet dans le Morbihan, l'association XXElles a su créer un nouvel espace de confiance. Les collégiennes s'y retrouvent pour différents ateliers depuis trois ans.

Une telle réussite, repérée par la Fondation de France et soutenue par la région Bretagne, se devait de se développer. Ce sera fait à la rentrée ; les ateliers Même Pas Peur vont essaimer prochainement dans de nouvelles communes.

 

Sous des dehors de simplicité, l'idée a un petit côté révolutionnaire. Et pas seulement parce qu'il s'agit d'un projet en non mixité, un concept qu'il a fallu imposer face aux réticences assumées. C'est Marie-Christine Monfort qui est à l'origine en 2023 de l'association XXElles qu'elle crée à Langonnet, ce village de son enfance où elle s'installe de retour de Paris « avec [ses] valises de jeune retraitée ».

Dès son arrivée dans ce village qui dit-elle « appartient à [son] histoire familiale » Marie-Christine s'interroge sur ce qu'elle pourrait faire pour « participer à la vie de la communauté ». Ses engagements féministes et sa conviction que « plus on portera la voix des femmes mieux ce sera » lui font regarder spontanément du côté des filles, ces adolescentes peu favorisées par le milieu rural.

« Il n'y avait à peu près rien pour elles – raconte-t-elle aujourd'hui – le foot c'était pour les garçons, le cyclisme, c'était pour les garçons...elles n'avaient pas beaucoup d'opportunités pour se retrouver et se construire en dehors du collège et de la famille ». Alors, avec une jeune voisine qu'elle embarque dans l'aventure, Marie-Christine crée XXElles, une association destinée aux filles, et uniquement à elles, de treize à quinze ans.

S'appuyer sur son expérience

Avec sa formation d'économiste, Marie-Christine Monfort a fait toute sa carrière professionnelle dans le secteur de la pêche maritime et de l'aquaculture au niveau international, travaillant aussi bien pour l'ONU que pour la commission européenne. Un secteur « totalement dominé par les hommes » dit-elle. Mais pourtant, un secteur où les femmes sont nombreuses. De la production à la transformation, découvre Marie-Christine, un employé sur deux du secteur est une femme.

« Que se soit le mareyage à Lorient ou les conserveries de sardines à Douarnenez ou en Indonésie – explique-t-elle – les femmes sont extrêmement présentes, mais toujours invisibilisées, sous payées, sans voix au chapitre ». Et pour leur redonner leur voix, elle fonde l'association (aujourd'hui dissoute) WSI – women in the seafood industry.

En d'autres termes, le monde associatif et la défense des droits des femmes, elle connaît. C'est en plaisantant qu'elle compare son association bretonne au monde de la pêche ; « on peut faire bouger les esprits – dit-elle – et surtout aider les jeunes filles pour qu'elles ne deviennent pas ouvrières dans une usine de conserve de poissons mais directrice de cette usine ! »

Imposer la non mixité

L'espace que propose XXElles aux adolescentes se veut bienveillant. Son programme phare « Même Pas Peur » se déroule en ateliers bimensuels de petits groupes, cinq ou six filles avec une animatrice. Les objectifs sont clairs : leur permettre de prendre confiance en elles, de s'exprimer et d'oser prendre la parole en public. « Ce n'est pas du développement personnel – précise Marie-Christine – c'est les aider à comprendre les choses et le monde autour d'elles. » Ensemble, elles ont animé un podcast deux années de suite (notre photo), ont répondu aux questions des journalistes et deux d'entre elles sont allées jusqu'à Paris pour parler au micro de France Inter. A l'âge où elles doivent faire des choix d'orientation, Même Pas Peur met aussi sur leurs routes des femmes actives qui viennent parler de leur parcours et élargir le champ des possibles. Montrer aussi qu'on a le droit de se tromper ou d'hésiter. Ou de dépasser les stéréotypes de genres et d'oser aller ailleurs que dans les secteurs qu'on leur propose sans relâche : le social et la petite enfance pour les filles notamment.

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Dans leur famille aussi, on les voit changer. Et parler avec plus d'aisance. « C'est le premier point positif – commente Marie-Christine – elles sont là, quoi ! Et le deuxième point c'est la dimension féministe de l'association qui leur permet de prendre conscience de la place qu'elles vont devoir prendre et des batailles qu'elles auront à mener ».

Il a fallu justifier la non mixité se souvient Marie-Christine qui ne manquait pas d'arguments dans ce village de Langonnet où depuis 1950, le club de foot réservé aux garçons ne posait de problème à personne. Trois ans plus tard, les filles de XXElles ont trouvé elles aussi leur place.

Atteindre de plus en plus de filles

Ce programme considéré « comme un ovni » voilà trois ans jouit désormais d'une belle reconnaissance. La Fondation de France, séduite, a souhaité le voir se déployer dans les communes environnantes. Pas question pour la petite association XXElles de porter ce projet. C'est Familles Rurales, plus solide, qui en a été chargée.

Pour mener à bien ce développement prévu dès septembre sur quatre nouvelles communes et qui vise au total une douzaine de créations, une salariée a même été recrutée. Mila Boschaert engage actuellement les bénévoles qui seront chargées d'accompagner les équipes de jeunes et prend contact avec les établissements scolaires et les communautés de communes.

Pour elle aussi, comme pour la sociologue Natalia Briceno chargée d'évaluer le programme, l'impact de Même Pas Peur sur les adolescentes est considérable. « Ça casse quelques verrous conscients ou inconscients - estime Marie-Christine Monfort – c'est l'occasion de rencontres que les filles n'auraient pas faites autrement. »

La possibilité aussi de prendre des responsabilités. L'une des particularités de XXElles, c'est que désormais le conseil d'administration est largement constitué par les adolescentes elles-mêmes. Et c'est Korydwen, qui vient juste de fêter ses dix-huit ans et d'obtenir son bac qui en est la présidente depuis l'an dernier.

Geneviève ROY