Son nom pourrait laisser penser qu'elle vient d'Outre-Manche. Pourtant, Morgan of Glencoe revendique sa bretonnitude et défend dans tout ce qu'elle fait la culture bretonne.
Mais quelque part, au nord de l'Ecosse, un tout petit bout de forêt lui appartient. Un cadeau de Noël offert par ses frères qui connaissent ses engagements en faveur de l'écologie. Alors, comme pseudonyme elle a choisi ce titre de lady pas comme les autres, qui lui rappelle une folle soirée improvisée avec deux musiciennes rencontrées sur place et quelques verres de whisky.
Quand elle ne joue pas de musique, elle s'adonne à son autre passion, celle des contes. Et trouve encore du temps pour écrire des romans de fantasy. La jeune femme ne manque pas de cordes à sa harpe, celtique, évidemment !
Morgan of Glencoe ne se souvient pas du jour où elle a découvert les contes. « Je n'ai aucun mérite » précise-t-elle. Née à Josselin, dans le Morbihan, elle s'est vue attribué le prénom de la célèbre fée de Brocéliande, parce que ainsi, selon sa propre mère, « on ne lui marcherait pas sur les pieds ! »
On devine aisément une enfance bercée par la geste arthurienne et une petite fille très tôt « fascinée par les légendes ». Dès qu'elle le peut, Morgan part à la découverte des contes celtes, en Irlande, en Ecosse, au Pays de Galle. Partout, elle cherche à dénicher les mal-aimés, « ceux dont personne ne veut parce qu'ils dérangent ».
A l'inverse des contes très codifiés mis en valeur aux 18ème et 19ème siècles puis revisités par Disney plus récemment, Morgan savoure les moins connus, ceux qui auraient choquer « la bonne société bourgeoise et aristocratique qui allait acheter les livres de Perrault, Grimm et consorts ». Elle s'intéresse aux collectages effectués en Bretagne, notamment par Anatole Le Braz ou Madame de la Villemarqué qui « cherchaient plus l'authenticité et la conservation du patrimoine ».
Et parmi ces « contes plus atypiques, beaucoup plus abrasifs aussi dans leur manière de voir le monde », ceux que Morgan préfère parlent des femmes. Ces héroïnes rencontrées dans les légendes bretonnes, mais aussi irlandaises, écossaises ou galloises, elle les a réuni dans une contée au titre évocateur : « Il faut aussi conter avec les filles » !
« La plupart des contes parlent de choses intemporelles
et ont encore beaucoup de choses à nous dire aujourd'hui. »
« On reste sur des structures traditionnelles – explique Morgan – mais il y a des inversions assez étonnantes et intéressantes. Les héroïnes que j'aime mettre dans mes contées peuvent être des princesses mais ne suivent pas les codes traditionnels. En général, on s'attend à ce que le problème soit résolu par quelqu'un qui sort une épée pas par quelqu'un qui organise un bal et fait danser la mort jusqu'au petit matin. »
A l'histoire de Blanche Neige, Morgan préfère la version bretonne collectée par Paul Sébillot, La Petite Toute-Belle, d'autant plus qu'en lieu et place des sept nains, celle-ci a des dragons. « Et rien que ça – commente la conteuse – ça pose une autre ambiance ! » « Quand le roi trouve une princesse évanouie dans un bateau, il ne l'embrasse pas – raconte encore Morgan – il appelle un médecin. » De même dans sa version de la Belle au Bois Dormant, c'est le prince qui dort. Des changements par rapport aux récits habituels qui dit-elle la font « mourir de rire ! »
A l'issue de ses contées, lorsque la jeune femme prend le temps d'échanger avec son public pour dit-elle « apporter les clefs de compréhension », il est assez fréquent qu'on lui dise : « mais vous avez changé la fin ! » Et non, explique-t-elle, les contes qui semblent féministes au regard de notre société ont bel et bien été écrits voilà des siècles. « Les gens ne comprennent pas ce que disent les contes – déplore Morgan – ils veulent les remettre au goût du jour ou les moderniser mais ce n'est pas utile. La plupart parlent de choses intemporelles et ont encore beaucoup de choses à nous dire aujourd'hui. »
Il est un personnage de la mythologie écossaise qu'elle aime beaucoup, la selkie. Et bien, raconte-t-elle, « la plupart des histoires de selkie parlent de violences conjugales, de contrôle, d'emprise et régulièrement de suicides voire d'infanticides ». Mais parlent aussi de solidarité féminine. « C'est souvent une autre femme qui va arriver dans la vie de la selkie et lui permettre de s'en sortir ».
« Je suis conteuse, musicienne et autrice
et je suis passionnée des trois à la fois (…)
ce sont trois moyens différents de raconter des histoires »
On l'aura compris, les contées de Morgan of Glencoe ont plusieurs lectures. Elle propose des versions adaptées aux enfants et d'autres à destination d'un public adulte ou adolescent. Et insiste toujours pour rappeler qu'elle ne traite que d'une matière traditionnelle. Pour elle, les contes sont avec la musique et la nourriture, « le meilleur vecteur pour comprendre une culture ».
Elle s'applique à chaque représentation à « redonner aux gens le droit de comprendre les contes et les légendes » qu'il s'agisse de leur propre culture ou de celle d'une autre région, car dit-elle le conte s'exporte très bien et peut « parler à tout le monde ».
La harpe celtique - « l'instrument roi » - a vu le jour justement pour accompagner les contes et les légendes. Une belle façon pour Morgan de conjuguer ses différents talents. « Je suis conteuse, musicienne et autrice et je suis passionnée des trois à la fois – dit la jeune femme – je suis passionnée des histoires en général et pour moi ce sont trois moyens différents d'en raconter ». Elle fait aussi des concerts (sans contes) et va même jusqu'à composer les bandes originales de ses romans.
Son prochain projet littéraire ? Encore une histoire de femme, celle de Morgan cette fois-ci, cette fée qui lui a légué son prénom et peut-être un peu plus. L'Ecosse, elle, lui a légué son nom et quelques arbres. « C'est juste trois mètres carrés – s'amuse-t-elle - mais c'est un petit bout de forêt écossaise qui restera sauvage grâce à moi ! » Comme un début de conte...
Geneviève ROY
Pour aller plus loin : consulter le site de Morgan of Glencoe et découvrir ses publications et ses dates de contées notamment en mars dans les Côtes d'Armor et en mai à Rennes pour le festival Sirennes



