Emma OanellEmma Duyck (à gauche sur la photo) l'a toujours su ; elle avait « besoin de vivre loin » ! Alors une fois ses études terminées, elle choisit de faire un Service Civique dans une ONG. Tant pis s'il faut d'abord travailler à Paris, c'est pour elle un premier pas vers le Cambodge et en juillet 2019, la voilà installée à deux pas du temple d'Angkor.

Ses deux ans d'engagement durent finalement cinq ans et revenue en France, elle mobilise autour d'elle pour soutenir l'école hôtelière où elle a travaillé, en particulier pour venir en aide aux jeunes filles qui grâce à cette formation acquièrent savoir et autonomie.

C'est à Rennes, notamment, qu'elle prépare son nouveau voyage entre défi sportif et aide humanitaire.

 

Emma Duyck aurait pu en faire une expérience toute personnelle. Elle avait envie, « besoin » dit-elle, de découvrir d'autres cultures, d'autres façons de vivre. C'est ce que lui a permis son engagement en volontariat de solidarité internationale débuté à l'été 2019 au Cambodge.

Mais, la jeune femme va aller beaucoup plus loin. Elle s'en souvient aujourd'hui avec enthousiasme et étoiles dans les yeux. Ce petit pays d'Asie où elle n'avait jamais imaginé vivre est devenu une partie d'elle-même. Avec l'association Agir Pour le Cambodge (APLC)  elle découvre toute la communauté de Sala Baï, l'école hôtelière de Siem Reap, tout près du temple d'Angkor, le monument le plus célèbre du pays.

Là, dans cette « école du riz », elle vit au quotidien avec 150 jeunes de 17 à 25 ans dont 70% de filles. Immergée dans ce qu'elle appelle « l'âme de l'école ». L'équipe encadrante composée d'une quarantaine d'adultes - éducateur.ice.s, professeur.e.s, personnel administratif, etc. - constitue avec les élèves une sorte de famille dans cette école pas comme les autres où se côtoient salles de classe, internat et structures d'application (hôtel, spa, restaurant). De quoi assurer aux élèves une formation complète aux standards de l’hôtellerie internationale et permettre aux moins favorisé.e.s d'une population jeune et sous formée de construire l'avenir. Le Cambodge se relève doucement d'une guerre génocidaire pour se tourner vers le tourisme ; la moyenne d'âge de la population est autour de vingt-cinq ans et les plus âgé.e.s souvent ne sont plus là pour transmettre leurs savoirs, décimé.e.s par les Khmers Rouges.

Il faut une certaine dose de conviction aux encadrant.e.s pour rallier les familles à leur cause. Au Cambodge comme ailleurs, la précarité permet rarement de regarder plus loin que les priorités du quotidien. Soustraire une adolescente à ses parents, c'est les priver d'une main d’œuvre dans les rizières ou pour les travaux ménagers. Mais la récompense est là pour tout le monde quand l'enfant formé peut partager ses premiers salaires avec sa famille et notamment participer à la scolarisation des frères et sœurs plus jeunes. Les plus de 2000 ancien.ne.s élèves de Sala Baï sont là pour en témoigner et aider les plus jeunes à trouver des emplois. « Dans le mois qui suit leur diplôme, 98% des jeunes ont un boulot ! » se réjouit Emma.

« Soutenir les filles, ça faisait sens pour nous »

Séduite par le projet, Emma en parle bien sûr autour d'elle en rentrant en France, notamment à ses amies de Nantes et de Rennes. Son enthousiasme est contagieux. Elles sont désormais dix réunies dans le collectif Srey Run for Sala Baï School. Leur façon à elles de soutenir ces jeunes femmes du bout du monde a pris la forme d'un défi qu'elles se lanceront en janvier prochain : participer au trail d'Angkor.

En langue khmer, "srey" veut dire "femme". Pour les Françaises engagées dans cette action, soutenir des femmes semblait une priorité. « Ça faisait sens pour nous toutes – résume Emma – un des piliers de l'association APLC c'est l'autonomisation des femmes et la lutte contre le trafic des êtres humains dont les femmes sont aussi plus victimes. » « On est toutes clairement féministes – défend de son côté Oanell Perret, rennaise trentenaire membre du collectif – on a envie de sensibiliser sur les droits de femmes ici mais aussi ailleurs ! »

Présenter le projet de l'école, courir pour illustrer « l'empouvoirement » des femmes partout dans le monde mais aussi récolter des fonds ; voilà les préoccupations des Srey Run aujourd'hui. Une année de scolarisation coûte l'équivalent de 3700 € précisent Emma et Oanell et elles ont bien l'intention de financer la formation de plusieurs filles.

20 09 26Quelques événements devraient les y aider dans les mois qui viennent. Le premier aura lieu à Rennes le 20 septembre, d'autres suivront en Seine-et-Marne puis à Paris. Une façon de récolter des sous mais aussi de suggérer à celles et ceux qui projettent un voyage au Cambodge qu'à Sala Baï on peut se restaurer et se loger ; l'autofinancement de l'école passe aussi par là.

« Une partie de ma famille est là-bas ! »

En janvier, Emma, Oanell et les autres seront au rendez-vous près d'Angkor pour participer au trail qu'Emma connaît déjà bien pour y avoir accompagner des élèves de l'école sollicité.e.s pour la restauration ou les soins des coureur.euse.s voilà quelques années. Avec elles, c'est une quarantaine de personnes qui porteront les couleurs de Srey Run, des parents, des copains, des copines, des ami.e.s des parents...

Elles se sentent aujourd'hui portées par ce collectif qu'elles ont su initier par leur volonté d'agir. Ne reste plus qu'à s'entraîner pour la course. Un autre défi pour celles qui se présentent comme des sportives moyennes. « Je suis allée à la salle de sport hier – plaisante Emma – mon coach m'a fait un plan sur les trois prochains mois ; ça va être chaud ! »

Et puis, il y aura l'après. Emma et Oanell, dans l'euphorie des préparatifs de l'événement du 20 septembre qui requiert toute leur énergie, savent qu'il faudra rebondir. Pour Oanell, « ce serait dommage que toute cette ferveur et cet engouement ne perdurent pas ». Mais elle sait désormais comment surmonter tous les pièges de l'organisation d'un événement alors pourquoi pas recommencer l'an prochain. Emma, quant à elle, ne sait ni quand ni pourquoi mais en est persuadée, elle retournera vivre au Cambodge tôt ou tard. « Je considère vraiment – dit-elle - qu'une partie de ma famille est là-bas ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin : à Rennes, rendez-vous le dimanche 20 septembre de midi à 19 heures dans la cour de l'ancienne école Papu, rue Papu pour un temps festif. Au programme : musique, friperie, marché de créatrices, buvette, animation jeux pour toute la famille, cuisine asiatique, tombola. Evénement porté par l'association du quartier Bourg l'Evêque et l'Antre 2, soutenu par la ville de Rennes.