Les Journées Nationales des Prisons ont lieu chaque année au mois de novembre. Après une année 2020 un peu cahotique pour cause de covid, 2021 a permis de renouer à Rennes avec quelques animations destinées à se faire rencontrer le monde carcéral et le grand public.

Le Jeu de Paume, notamment, abritait une exposition photographique. L'occasion d'aller à la rencontre de Françoise Cognet, une des exposantes, par ailleurs bénévole dans deux associations.

Avec la première, elle imagine une seconde vie pour la prison Jacques Cartier ; avec l'autre, elle rend visite régulièrement à des détenus. Ces jours-là, dit-elle, « c'est eux qui m'accueillent ! »

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Françoise Cognet a plusieurs expériences de la prison. « C'est une idée qui m'a toujours interpellée – dit-elle – le moindre délit peut finalement très mal se transformer. » Pour elle, il y a le « comportement personnel, bien sûr » qui peut conduire derrière les barreaux, mais aussi « l'environnement, le milieu de vie » sans compter « les défaillances, tu conduis trop vite, tu as bu un peu trop... » C'est en pensant à tout cela qu'elle s'est rapprochée de l'association Petits Frères des Pauvres voilà trois ans pour aller à la rencontre des détenu.es. « C'est de l'empathie – dit-elle encore – je me dis c'est lui mais ça pourrait être moi ; on pourrait inverser les rôles ! »

 

« Je range mes chaussures dans le bon sens

pour les enfiler plus vite

quand on me dit que vous êtes là »

 

Régulièrement, comme deux autres bénévoles de cette association, elle se rend donc à la prison de Vezin-le-Coquet. Au parloir des avocat.es elle passe une heure, parfois plus, en tête à tête avec un détenu qui en fait la demande et enchaine quelquefois jusqu'à trois visites le même jour. Aucune obligation ni d'un côté ni de l'autre ; les visites ne sont pas programmées et les détenus restent libres d'y renoncer à tout moment. Le Service d'Insertion et de Probation leur propose de s'inscrire sur une liste et lorsque les bénévoles des Petits Frères des Pauvres annoncent leur venue, ils sont prévenus qu'une visite les attend. Une grande souplesse qui permet d'éviter les déceptions ou les frustrations. Et quand un surveillant annonce une visite au parloir, c'est généralement une bonne surprise.

prison2« Vous venez toujours pendant ma sieste – a confié un jour un détenu à Françoise Cognet – mais ce n'est pas grave, je range mes chaussures dans le bon sens pour les enfiler plus vite quand on me dit que vous êtes là ». « Finalement, c'est eux qui m'accueillent » commente la visiteuse.

Par ses statuts, l'association Petits Frères des Pauvres concentre ses activités sur les personnes âgées de plus de cinquante ans. Les détenus que rencontre Françoise Cognet travaillent rarement, fréquentent peu l'école et encore moins les activités sportives ; certains sont en mauvaise santé. Les visites au parloir sont pour eux un moment attendu. « Ils sont contents ; ça leur fait une diversion » Un jour l'un d'eux a demandé : « pourquoi venez-vous me voir ? » l'air de dire « vous auriez mieux à faire » analyse Françoise Cognet qui lui a simplement répondu : « parce que vous êtes là et que je suis là ; si j'étais votre voisine de palier, je bavarderais gentiment avec vous ! »

 

« Ils posent peu de questions.

On parle de la vie, de la ville, je leur décris la rue... »

 

Si les bénévoles sont tenu.es à une certaine discrétion - « on ne donne pas nos noms de famille ni nos adresses » - les détenus aussi sont discrets. « Ils posent peu de questions – raconte Françoise Cognet – on parle de la vie, de la ville, je leur décris la rue... » Pourtant, malgré « ce regard neutre », elle croit deviner ce qu'ils cherchent à cacher. « Ils sont souvent déçus, frustrés, par les visites ou les courriers qu'ils attendent et qui n'arrivent pas. Pour nous ce n'est pas trop lourd parce qu 'on est dans le plaisir de l'échange, mais on sent leur détresse parfois. Il faut être solide, hein, pour être détenu ! »

D'ailleurs, explique-t-elle, en quittant la prison elle a besoin d'un temps de répit, seule dans sa voiture et parfois « de décompenser en allant dans un magasin fouiller dans les vêtements ! » Si l'association ne visite que des hommes, c'est que la prison des femmes reste moins demandeuse. « Elles ont beaucoup d'activités – croit savoir Françoise Cognet – on leur propose mais elles nous répondent qu'elles préfèrent aller à l'atelier. » Une autre façon sans doute de gérer l'enfermement.

prison3Dans les photos qu'elle exposait au Jeu de Paume, Françoise Cognet avait choisi de parler de l'enfermement justement plus que de la prison. « C'est beaucoup plus figuratif que ce que je fais habituellement » a-t-elle commenté en déambulant entre les panneaux d'exposition. Son travail, composé de collages, montages, superpositions d'images et de transparences, montrait des chaines et des barreaux mais pas seulement ; une machine à écrire (pour l'évasion par les mots), une allusion au travail (pour le poids et les contraintes qu'il génère), des portes ouvertes dans les couloirs désaffectés de la prison Jacques Cartier... des phrases de détenus recueillies par les différents aumôniers en guise de ponctuations. Pour elle, l'enfermement, « c'est la pendule qui retient le temps, la grille qui emprisonne ou la nasse de pêche qui enserre... c'est l'esclave enchaîné, le joueur prisonnier de lui-même, c'est l'oiseau ou le singe dans sa cage, c'est l'enfant dans sa cache... »

C'est toute cette mémoire carcérale qu'au sein de l'association Champs de Justice, Françoise Cognet voudrait contribuer aussi à mettre en lumière. La prison comme lieu de vie, de travail, de création au cœur d'un quartier et plus encore les questions liées aux droits en général. « C'est le côté architectural et mémoriel qui nous intéresse – dit-elle – mais aussi les témoignages de tous les personnels qui y sont passés. L'objectif est de faire un projet interractif, un lieu de proximité » destiné à rapprocher citoyen.nes et monde de la justice. Aller voir au-delà des murs en quelque sorte, un peu comme elle le fait avec ses photos : « chercher le côté un petit peu noir de l'affaire, extraire le "petit truc" qui est derrière. »

« A côté du verrou ou du barreau pousse la petite fleur. Et derrière, dans l'espace libre, il y a l'espoir... la justice ! » ainsi décrit-elle son travail.

Geneviève ROY

 

 

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Contribution

DSCN8131Emily Busby est une jeune Américaine de l'école SYA de Rennes.

Pour sa fin de scolarité elle devait rendre un travail en français et a choisi de rencontrer des femmes créatrices d'entreprises.

Breizh Femmes a accepté de publier son article.


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