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Au départ, il y a une autrice de BD, Gwénola Morizur et son « envie d'écrire une histoire d’amour ».

Si Montagnes Russes qui vient de sortir parle d’amour, il va plus loin. C’est surtout une histoire de sororité qui dépasse l’amitié entre deux femmes, celle qui souhaite désespérément être mère et celle qui galère au quotidien avec ses trois enfants.

Une occasion pour la bédéiste de rappeler « qu'une femme est loin d'être seulement une mère mais un être complexe avec des désirs et des ressentis contradictoires qui cherche son équilibre ». « Ensemble ces deux femmes complètement différentes – dit-elle - trouvent une force qu'elles n'avaient pas seules ».

 

Gwénola Morizur le reconnaît, elle « s’inspire pratiquement toujours de la réalité ». Les gens qu’elle croise, son environnement, voilà son « terreau ». « La vie a plus d’imagination que nous » dit-elle. Alors, elle « puise » dans ce qui l’entoure.

Et quand elle a envie de parler d’amour, lui revient en mémoire ce couple qui la touche depuis l’enfance, cet oncle et cette tante désireux d’être parents qui lorsqu’elle était petite enchaînaient les FIV. « Ils tentaient depuis des années d’avoir un enfant – raconte-t-elle - et puis ma tante qui travaillait en crèche avec des tout petits, un jour, s’est attachée à un petit garçon qu’on a vu arriver dans nos repas de famille… Je suis partie de cette histoire-là et j’en ai fait une fiction. Je me suis surtout inspirée de leurs émotions ».

« On avance comme on peut, avec les cartes que l'on a tirées »

Avant de se lancer dans l’écriture du scénario, Gwénola Morizur s’entretient avec sa tante et son oncle puis fait des recherches, consulte des blogs, lit des témoignages. Et découvre qu’un parcours de procréation médicalement assistée - PMA - c’est un peu comme des montagnes russes à la fête foraine. « Cette expression revenait souvent – se souvient-elle – cette idée d’ascenseur émotionnel, ces hauts et ces bas qui font finalement la vie ! »

Morizur2Si l’histoire du couple est centrale, Gwénola Morizur s’attache aussi à décrire les relations pas toujours simples entre une femme en mal d’enfant qui consacre sa vie professionnelle à ceux des autres et une mère débordée qui a du mal à concilier sa vie de mère et sa vie de femme.

« Je n’ai pas cherché à faire une BD militante – dit-elle – mais je suis une femme, une mère, et ce sont des sujets qui me touchent. Forcément, j’ai y mis pas mal de choses de moi ou du regard que je porte sur la société. J'ai voulu dire que toutes, on avance comme on peut, avec les cartes que l'on a tirées qui ne correspondent pas toujours aux projections que l'on faisait. »

Entre celle qui ne peut pas enfanter et la maman solo un peu dépassée, aucune n'a vraiment choisi ce qui lui arrive. Le message ? Qu’on laisse les femmes être ce qu’elles veulent ou ce qu’elles peuvent être ! « J’ai souhaité déculpabiliser les femmes – dit encore Gwénola Morizur – Pour être mère, il n’y a pas de recettes. »

« On a un petit pouvoir quand on crée (…) la fiction peut servir à questionner »

Gwénola Morizur, elle-même mère de trois enfants, rappelle que « pour nombre de couples, il est inconcevable de trouver un épanouissement ailleurs que dans la parentalité »  mais que pourtant, d'autres chemins existent ; dans son album elle explore « comment un couple se construit, se réinvente ». « On a rangé nos espoirs dans une boite – disent joliment ses personnages – et lorsque l'on s'est retournés, notre amour était bien là, intact ! »

Morizur3« Je crois beaucoup en la force de l’image » dit Gwénola Morizur. Côté dessin, l’autrice a laissé « carte blanche » à l’illustratrice qu’elle a elle-même sollicitée. Parce qu’elle connaissait « le travail sensible » de Camille Benyamina, elle lui a envoyé son histoire et la dessinatrice franco-canadienne, installée à Montréal, a tout de suite accepté la collaboration. Ensemble, elles ont retravaillé le scénario, rajouter ou supprimer des scènes. « J'adore – dit l'autrice – quand l'illustratrice s'approprie mes personnages ; c'est super, on discute, on débat, on change des choses... »

Parallèlement, Gwénola Morizur a publié voilà quelques semaines un album jeunesse commandé par une éditrice soucieuse de sensibiliser les 8/12 ans à l’écologie. La PMA, le zéro déchet, autant de thématiques portées par la société actuellement. Un hasard ? « On a un petit pouvoir quand on crée des BD – estime l'artiste – et c’est une chance énorme ! La fiction peut servir à questionner, en tout cas, avec moi, ça marche. Souvent la lecture m’a amenée à découvrir plein de choses, alors si j’y arrive ne serait-ce qu’un petit peu, c’est génial ! »

Geneviève ROY

Pour aller plus loin :

Montagnes Russes de Gwénola Morizur et Camille Benyamina – éditions Grand Angle

Tara, un été zéro déchet – album 8/12 ans – texte de Anne-Gaëlle et Gwénola Morizur, illustrations de Séverine Lefebvre – éditions Jungle

Photos – Gwénola Morizur en dédicace à la librairie Critic à Rennes en juin 2021

 

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Genres, transgenres et mauvais genres

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L'association MOTS POUR MOTS et votre webmagazine Breizh Femmes organisent cette année encore un concours d'écriture.

Pour cette  sixième édition c'est le thème "genres, transgenres et mauvais genres" qui a été retenu par le jury autour de l'autrice Anne Lecourt. 

Les textes d'un maximum de 15000 signes sont à envoyer  au plus tard le 8 novembre.

Ceux que le jury retiendra feront l'objet d'une publication web au printemps 2022 et des lectures publiques pourront également être organisées.

Pour en savoir plus : lire le règlement.