ManifQui sont les femmes qui ont recours seules à la PMA ? Quelles sont leurs motivations ? Sont-elles les mêmes aujourd'hui après le vote de la loi en France qui autorise les femmes à faire un bébé toutes seules ? Et les parcours à l'étranger persistent-ils malgré tout ?

Ce sont toutes ces questions, et quelques autres, qui ont été débattues lors du colloque organisé à Rennes en décembre dernier.

L'occasion notamment pour des sociologues de présenter les résultats de plusieurs études menées sur le territoire français.

Depuis septembre 2021, la procréation médicalement assistée (PMA) est désormais autorisée à toutes les femmes en France. Seules ou en couples homosexuels, les Françaises ne sont donc plus obligées de se rendre à l'étranger pour mener à bien leur projet de parentalité. Et d'après les chiffres du ministère de la Santé, les demandes sont depuis en forte progression.

Par ailleurs, depuis septembre 2022, l'anonymat n'est plus de mise qu'il s'agisse de dons de sperme ou de dons de gamètes. La loi propose donc aux futurs enfants d'avoir un jour accès à leurs origines. Autant de modifications qui n'ont pas été anticipées par les CECOS (centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains) et qui compliquent l'accès aux droits pour les femmes en demande.

Plus de 5500 dossiers seraient en attente dont une bonne proportion déposée par des femmes seules. Une explication sans doute au fait que les parcours de PMA solo à l'étranger restent l'option choisie par certaines femmes.

Pour la première fois en France, une journée d'études dédiée aux parcours PMA des femmes seules a été organisée en décembre 2025 à Rennes. L'occasion de faire un état des lieux et d'entendre différentes voix, celles de chercheuses notamment – sociologues, anthropologues, psychologues - mais aussi d'associations voire de femmes personnellement concernées par le sujet.

Quand un « plan B » devient un « plan A »

Les études présentées datent pour les plus anciennes des années 2010/2012 et pour les plus récentes des années 2021/2023. Entre ces deux périodes, des choses ont changé, d'autres se sont confirmées. Les profils des femmes se lançant seules dans un projet de PMA semblent ainsi évoluer.

Manif 2Si hier, l'âge moyen des demandeuses se situait autour de 40 ans, elles sont plus jeunes aujourd'hui à faire cette démarche. Comme si l'évolution de la loi permettait de passer d'un plan B, envisagé après une ou plusieurs expériences de couples, à un plan A, choisi en « première intention ».

Plus besoin d'attendre le Prince Charmant ou d'avoir réuni la somme nécessaire pour se rendre en Belgique ou en Espagne. Avec la souplesse que permet la loi et le moindre coût généré par la proximité des centres de dons, des femmes plus jeunes, moins favorisées socialement, et davantage libérées des normes sociales dominantes liées à la parentalité, entament un parcours de PMA solo.

Toutefois, les études montrent que les décisions ne sont jamais prises à la légère. Elles sont le fruit d'une réflexion et d'une préparation minutieuses ainsi que d'une bonne anticipation des difficultés à venir. Les femmes savent qu'elles devront justifier leurs demandes que se soit dans la société et notamment auprès de leur entourage proche ou pour obtenir l'accord des CECOS, souvent plus pointilleux quand il s'agit de dossiers portés par des femmes seules.

Quand les représentations sociales persistent

Pour les professionnel.le.s de santé, c'est un nouveau public qui arrive avec la nécessité de s'y adapter. Les femmes ne se tournent plus vers la médecine pour des raisons d'infertilité mais simplement parce que la loi leur en donne la possibilité. « Ce ne sont plus des patientes puisqu'elles ne sont pas malades » expriment certain.e.s professionnel.le.s dans une étude présentée par la sociologue Lara Mahi.

Les représentations sociales ont la vie dure et les professionnel.le.s de santé n'y échappent pas forcément. Les femmes célibataires souffrent encore d'une image assez négative de personnes précaires, dépressives, isolées, etc. On les considère parfois comme irresponsables de vouloir assumer une maternité seules et certain.e.s professionnel.le.s n'hésitent pas à questionner leur désir d'enfant et à leur conseiller d'attendre quelques années pour se laisser une chance de rencontrer un futur papa. Parfois, un dossier refusé dans un centre sera accepté dans un autre.

« Le sentiment de colère et de frustration qui existait avant la révision de la loi dû aux inégalités d'accès a laissé place aujourd'hui à un sentiment d'injustice avec l'impression d'un tri parmi les patientes opéré dans les centres, notamment en fonction de leur situation conjugale  - analyse la sociologue Virginie Rozé – La loi n'a pas permis d'accomplir les objectifs visés notamment celui de limiter les recours à l'étranger et la PMA telle qu'elle est organisée en France continue d'établir des différences entre les projets parentaux ».

Quand les hommes s'engageront davantage

Si les femmes plus âgées reconnaissent que leur demande arrive suite à l'échec d'une rencontre conjugale classique et qu'elles doivent ainsi faire le deuil de leur modèle de famille idéale, les plus jeunes le disent parfois sans filtre : le couple hétérosexuel ne fait plus rêver.

Pour elles, renoncer à la co-parentalité, ne veut pas toujours dire renoncer au couple, mais plutôt assumer ouvertement une responsabilité que bien souvent les mères des familles hétérosexuelles portent seules de toute façon.

« Elles sont conscientes de la division genrée du travail domestique à travers laquelle les femmes assurent la majorité des tâches ménagères et parentales » estime encore la sociologue Virginie Rozé qui précise qu'elles ne souhaitent pas être associées aux familles monoparentales, issues généralement d'un divorce, donc subies. Leur parentalité solo, elles la choisissent.

Féminisme et engagement politique sont parfois cités comme élément déclencheur de leur décision. Il serait intéressant de faire une recherche sur l'impact de « l'engagement masculin » dans la parentalité, suggèrent les sociologues d'un commun accord. On attend leurs résultats avec intérêt.

Geneviève ROY

Photos : manifestations à Rennes en 2018