
Caridade est Angolaise ; elle souhaite faire une formation et travailler « ici en France ». Germaine l'Ivoirienne et Halima l'Afghane veulent apprendre à lire et à écrire. Samira attend avec impatience de pouvoir passer son permis de conduire... Elles ont des rêves et des projets ces femmes venues d'ailleurs qui fréquentent les ateliers proposés par l'association Déclic Femmes à Rennes.
L'exposition « Femmes en itinérance » proposée à la MIR en ce mois de mars invite à les rencontrer et à suivre leurs parcours à travers textes et dessins concoctés par elles, seules ou en groupes.
L'occasion aussi pour Vanessa Ngassa, nouvelle bénévole de l'association, de présenter son livre témoignage « Mère à l'étranger ».
Apprendre le français, savoir le lire, l'écrire et pouvoir se lancer dans des formations ou sur le marché du travail, pouvoir accompagner les enfants dans leur scolarité ou passer son permis de conduire. Les motivations de ces femmes sont nombreuses mais toutes savent que c'est par l'apprentissage de la langue du pays d'accueil qu'elles pourront peu à peu dessiner leur avenir et celui de leur famille.
A Déclic Femmes, depuis trente ans, elles sont accompagnées dans cet apprentissage mais aussi dans leurs démarches multiples pour une meilleure insertion, recherche de stages ou de formation, recherche de travail, soutien dans la rédaction d'un CV ou d'un dossier administratif... Elles peuvent également participer à des ateliers (couture, mosaïque, arts plastiques, informatique, etc.) un excellent moyen d'entrer en douceur dans l'exercice de la langue.
Au fil des panneaux affichés à la MIR durant cette quinzaine de jours dédiés à Rennes aux droits des femmes, certaines se sont faites parfois poètes, parfois philosophes. « Et si la raison qui rend l'exil pénible n'était pas la distance mais l'étrangeté ? » se questionne Mariam la Libanaise, un peu comme un poisson sorti de l'eau et échoué sur la plage. De son côté, Diane, la Colombienne, évoque la migration comme un escalier sans fin dont « chaque marche porte une couleur, chaque détour transforme notre regard » ; « migrer – écrit-elle – c'est apprendre à faire confiance au mouvement, accepter que les rêves évoluent ».
« Une histoire simple qui touche énormément de femmes aujourd'hui. »
Venue du Cameroun pour poursuivre ses études en France, Vanessa est installée désormais depuis une dizaine d'années. Elle a fait ici sa vie, sa famille, son travail. Mais le chemin a également été long et parsemé d'embûches. « Le choc a été brutal – se souvient-elle – ce n'étaient pas les mêmes codes, pas les mêmes références et j'avais l'impression de ne pas être à ma place ».
Pour elle, « le plus grand changement a été le fait de devenir mère loin de [ses] racines » et de devoir concilier deux cultures, « tisser des ponts entre ce [qu'elle] a reçu et ce [qu'elle] veut transmettre ». « Toute ma vie a été une succession d'intégration » dit encore celle qui a finalement décidé d'écrire un livre pour analyser ce parcours de jeune femme « devenue adulte en France où la place des femmes n'est pas la même qu'au Cameroun »
Si Vanessa estime que le titre de son livre, "Mère à l'étranger", est « assez parlant » ce n'est pourtant pas seulement la maternité qu'elle a voulu dire. « C'est une histoire simple – explique-t-elle – mais qui est réelle et qui touche énormément de femmes aujourd'hui. » Une histoire « entre un pays qui [l'a] vue naitre et un autre qui [la] transforme », qui parle d'identité, de choc culturel, d'intégration et de races...
La jeune femme évoque bien sûr sa grossesse, son accouchement et notamment des questions auxquelles elle n'était pas préparée comme celles de l'allaitement ou du post-partum. Mais, plus largement, c'est de parentalité qu'elle parle. « Quand on devient parent – dit-elle – on se rend compte que la grossesse c'est neuf mois, l'accouchement plus ou moins 24 heures mais la maternité, c'est toute une vie ! »
Et pas juste une vire mère/enfant, car « un couple – pour Vanessa – c'est une équipe ! » Dans son livre, elle consacre un chapitre à son mari, lui aussi originaire du Cameroun, élevé dans un système patriarcal où c'est la mère qui gère la famille, et qui dit-elle « a dû se réinventer ».
« Trouver les mots adéquats pour expliquer aussi la différence »
A l'arrivée d'un nouveau bébé, son quatrième enfant, la jeune femme a souhaité partager son expérience. Son livre, sorti le 8 mars, est dit-elle « une main tendue aux parents qui vivent entre deux mondes mais aussi au pays d'accueil car chacun a son rôle à jouer, nous les étrangers qui migrons autant que le pays qui reçoit et devrait faire en sorte que tout se passe bien ».
Aujourd'hui, la fille ainée de Vanessa a sept ans. Avec elle, elle s'apprête à vivre de nouvelles étapes et pour ça elle s'est armée. Active à l'association des parents d'élèves de l'école comme dans d'autres associations de son quartier, elle se sent moins en décalage.
Mais dit-elle « d'autres combats arrivent ». Que répondre quand elle rentre de l'école étonnée que les autres enfants aiment toucher ses cheveux avec curiosité ? « Avec les enfants qui grandissent – analyse-t-elle – il va falloir trouver les mots adéquats pour expliquer aussi la différence ».
Geneviève ROY
Pour aller plus loin : exposition « Femmes en itinérance » à la MIR tous les jours sauf le dimanche de 14h à 18h jusqu'au 19 mars
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